Les pesticides et votre santé - le point de vue d'un médecin de famille | Vert santé | Fondation David Suzuki
Photo: Les pesticides et votre santé - le point de vue d'un médecin de famille

(Crédit: IRRI Images via Flickr)

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Bien que l'hiver soit encore parmi nous, les chaudes journées d'été ne sont plus bien loin. Nos enfants se rouleront bientôt dans l'herbe de nos pelouses et des parcs publics. Les jardiniers ont déjà commencé à faire démarrer de jeunes plants à l'intérieur et les agendas des horticulteurs se remplissent pour l'été.

Pendant ce temps, la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse entrevoient la possibilité de bannir l'utilisation des pesticides sur les pelouses et dans les jardins alors que le Québec et l'Ontario ont déjà banni les pesticides à usage esthétique; d'autres mesures prendront également effet cet été au Nouveau-Brunswick et dans l'Île-du-Prince-Édouard.

En définitive, la controverse qui entoure les pesticides se résume à une question de la santé : s'ils nuisent à la santé, ils devraient être bannis; s'ils sont sécuritaires, ils peuvent être utilisés sans restriction. Toutefois, il est parfois difficile de déterminer si un produit chimique est clairement nuisible ou s'il ne l'est pas. Les recherches sur les pesticides se font majoritairement auprès de populations où l'on évalue si les gens les plus exposés aux pesticides développent plus de maladies que la moyenne. Ces études ont leurs limites et l'on ne peut pas toujours en tirer une conclusion sans équivoque.

En 2004, j'ai collaboré pour le compte du Ontario College of Family Physicians à la rédaction d'un rapport d'enquête examinant les recherches scientifiques publiées portant sur les effets des pesticides sur la santé humaine. Nous avons effectué notre enquête à partir de banques de données médicales les plus utilisées, ce qui nous a mené à faire le bilan de 256 recherches(1) en respectant les critères de qualité méthodologiques stricts.

Il y a malheureusement peu d'études portant sur les femmes et sur les enfants, la majorité des études concernant l'exposition des hommes au travail. Toutefois, les quelques études disponibles suggéraient que les femmes enceintes et les enfants sont les plus vulnérables. Mes collègues et moi en avons conclu que des preuves suffisantes d'effets néfastes existent pour que les médecins avisent leurs patients d'éviter au maximum toute exposition. Nous avons rassemblé les informations suivantes :

Il y avait 104 études portant sur différents types de cancers. La plupart de ces études ont trouvé un lien entre l'exposition aux pesticides et le cancer et dans la plupart des cas, ce lien est statistiquement significatif (c.-à-d. qu'il est peu probable que le lien soit dû au hasard). Un plus grand nombre de lymphome non hodgkinien a été décelé chez les agriculteurs, les travailleurs de l'industrie des pesticides et des terrains de golf, ainsi que chez les enfants lorsque les pesticides sont utilisés dans les maisons ou lorsque leurs parents y sont exposés au travail.

Une étude a trouvé plus de cas de leucémie chez les enfants exposés aux pesticides à la maison ou pendant leur développement intra-utérin. Cette étude indiquait qu'une prédisposition génétique(2) pouvait augmenter le risque de leucémie à la suite d'une exposition aux pesticides. D'autres ont démontré que l'exposition durant la petite enfance, le développement intra-utérin et même avant la conception pouvait accroître le risque de leucémie.

Les études sur les cancers du cerveau et des reins ont indiqué un risque accru lors d'une exposition aux pesticides, même chez les enfants des travailleurs exposés. Une étude a trouvé moins de risques de cancer du sein chez les agricultrices, même si le risque était élevé chez celles disant aller au champ pendant ou peu après l'épandage des pesticides, ou ne pas porter de vêtements protecteurs.

Les articles sur le cancer de la prostate ont indiqué une incidence élevée chez les travailleurs exposés aux pesticides, l'un de ces articles mentionnait un taux plus élevé chez ceux avec antécédents familiaux.

La peau est la plus importante voie d'entrée des pesticides. Des études ont trouvé plus d'éruptions cutanées chez les travailleurs agricoles et les toiletteurs d'animaux.

Trente-neuf des 41 études portant sur la neurotoxicité ont trouvé un lien entre l'exposition aux pesticides et des anormalités neurologiques telles que des dysfonctionnements cognitifs légers, des modifications neurologiques, des dépressions et même des suicides. Deux études seulement portaient sur les enfants et elles ont noté des impacts neuro-développementaux significatifs chez les enfants mexicains d'âge préscolaire fortement exposés aux terres agricoles. Un empoisonnement aux pesticides mènerait à un déficit neurologique et 15 des 26 études ont trouvé des liens entre l'exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson.

Quand la mère avait été exposée aux pesticides, il y avait plus d'anomalies à la naissance(3) (membres, cœur, urogénitales, système nerveux central et orofaciales). Malgré une variabilité, plusieurs études sur la fertilité ont trouvé des anomalies du sperme, des dysfonctions érectiles et des baisses de fertilité après une exposition aux pesticides. Certaines ont trouvé qu'une exposition prénatale ou avant la conception augmentait le nombre de fausses couches, de naissances prématurées ou encore de faible poids à la naissance et de décès néonatals.

Des aberrations chromosomiques (c.-à-d. un bagage génétique endommagé pouvant mener à des fausses couches, des déficiences congénitales, des anomalies du sperme ou des cancers) ont été trouvées dans 11 des 14 études(4).

Cette enquête démontre clairement qu'une exposition aux pesticides accroît le risque de problèmes de santé. À titre de médecin, je dois préserver la santé de mes patients et aussi les mettre en garde pour qu'ils réduisent le plus possible leur exposition aux pesticides. C'est aussi mon devoir de favoriser l'adoption d'une législation qui bannit la vente et l'usage de pesticides non essentiels pour protéger les populations vulnérables telles que les femmes enceintes, les bébés, les enfants, ainsi que le public en général.

cathy_vakil (web).jpg Cathy Vakil est médecin de famille au département de médecine familiale de l'université Queen's à Kingston en Ontario. Elle siège au comité de santé environnementale du Ontario College of Family Physicians et au conseil d'administration du Association canadienne des médecins pour l'environnement. Elle s'intéresse à l'effet des pesticides, de l'étalement urbain, des changements climatiques, de la pollution de l'air et de l'énergie nucléaire sur la santé.
________

(1) Les recherches retenues portaient sur le cancer et sur les désordres neurologiques, dermatologiques, reproductifs ou immunologiques/génotoxiques.

(2) Risque plus grand de développer une leucémie chez un enfant au métabolisme lent (résultat d'un gène absent ou défectueux) s'il est exposé aux pesticides.

(3) Résultats de 15 études faites dans neuf pays.

(4) Même si d'autres facteurs tels que les radiations, l'exposition à la cigarette, une mauvaise alimentation et la consommation de l'alcool n'ont pas toujours été retenus

25 février 2010

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