Les produits chimiques utilisés dans l'environnement et le cancer | Vert santé | Fondation David Suzuki
Photo: Les produits chimiques utilisés dans l'environnement et le cancer

(Crédit: Horia Varlan via Flickr)

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Il y a quelques années, j'ai passé en revue un rapport historique portant sur le lien entre le cancer du sein et l'environnement. L'article « L'Etat des connaissances : La relation entre l'environnement et le cancer du sein » ( « State of Evidence » en anglais) a fait les gros titres en concluant qu'« un important corpus de preuves scientifiques établit un lien entre exposition aux radiations et aux produits chimiques synthétiques et un risque accru du cancer du sein. »

Dans l'ensemble, on estime que 80 à 90 % des cancers sont attribuables à des facteurs environnementaux. Cela incluant les facteurs physiques (rayons solaires, rayons X, amiante), les facteurs biologiques (virus, bactéries) et les facteurs chimiques; qui augmentent tous les risques de cancer. Bien sûr, l'exposition à certains de ces agents se fait par choix, notamment la cigarette, l'alcool ainsi qu'une exposition excessive au soleil. Ce qui rend les produits chimiques « uniques », c'est qu'il y a des limites à ce que nous pouvons faire à titre individuel pour réduire notre exposition à ces mêmes substances.

Les produits chimiques peuvent persister dans notre environnement et finir par se retrouver dans notre corps. Sans même le savoir et malgré tous nos efforts, nous entrons quotidiennement en contact avec ces polluants que l'on trouve dans l'eau, le sol, l'air, la nourriture et les produits manufacturés. De nombreux contaminants industriels peuvent être mesurés dans les tissus humains et le sang. On a retrouvé des traces de ces produits chimiques dans le sang des Inuits du Nord canadien, malgré le fait qu'ils vivent à des milliers de kilomètres de l'origine de ces sources chimiques.

On en sait très peu sur les potentiels effets à long terme sur la santé, notamment le risque de cancer, des milliers de produits chimiques industriels actuellement utilisés. Dans la mesure où les produits chimiques industriels sont testés avant d'être utilisés dans l'environnement; l'évaluation porte généralement sur les effets possibles à court terme sur la santé. Aujourd'hui, seule une petite partie des produits chimiques utilisés dans l'environnement est reconnue comme potentielle cause de cancer. Toutefois, d'un point de vue biologique, il est permis de croire que plusieurs de ces produits chimiques pourraient causer le cancer.

Il reste beaucoup à faire pour évaluer les produits chimiques et déterminer s'ils augmentent le risque de cancer. Par exemple, certains produits imitent les effets des hormones. Puisqu'il est connu que certaines hormones augmentent le risque de cancer, l'EPA des É.-U. a donc décidé qu'il fallait tester des milliers de produits chimiques utilisés dans l'environnement à cet égard. Il faut aussi élargir l'analyse des produits chimiques pour le cancer de manière à intégrer les récentes connaissances sur la façon dont l'exposition à ces produits peut influencer la croissance des tissus et le fonctionnement des gènes, parfois dès un très jeune âge. Par exemple, en ce qui concerne le cancer du sein, un groupe de la Californie, composé de défenseurs des intérêts communautaires et de scientifiques, souhaite que les produits chimiques soient testés pour leur capacité d'affecter le développement des tissus mammaires.
Je crois que dans quelques décennies, la recherche permettra de cibler plus de contaminants utilisés dans l'environnement comme causes de cancer. Nous savons qu'un bon nombre d'agents chimiques sont déjà associés à un risque accru de cancer. Parmi ces agents, on retrouve notamment l'amiante, certains pesticides, l'arsenic et certains solvants, ainsi que plusieurs cancérogènes présumés comme la pollution de l'air (gaz d'échappement comme le diesel et l'essence), les métaux lourds, les dioxines, etc. Le Centre International de Recherche sur le Cancer, ainsi que d'autres organismes réputés ont évalué la science et ont étiqueté ces agents comme agents cancérogènes « reconnus », « probables » ou « possibles » pour les humains.

Il y a également de bonnes nouvelles. Bon nombre des expositions causant le cancer sont évitables. Individuellement, nous pouvons prendre des mesures afin de réduire notre exposition aux produits chimiques causant le cancer. Collectivement, nous pouvons aussi interdire les produits chimiques nocifs ou restreindre leur utilisation afin d'éviter qu'ils ne pénètrent dans l'environnement et dans notre corps.

L'article « L'Etat des connaissances : La relation entre l'environnement et le cancer du sein » se termine par un appel aux politiques et aux initiatives de recherche afin de réduire l'exposition du public aux produits chimiques toxiques et à leurs radiations. Deux ans plus tard, il reste encore beaucoup à faire sur ces deux plans, et le besoin se fait encore plus sentir.

Dr Kristan Aronson Kristan Aronson est professeure à la Division des Soins contre le cancer et d'épidémiologie (Division of Cancer Care and Epidemiology) à l'Institut de recherche sur le cancer de l'université de Queen (Queen's Cancer Research Institute) et est membre du Département de santé communautaire et d'épidémiologie et de l'Ecole des études environnementales à l'université de Queen. Elle mène des travaux de recherche sur les influences environnementales et génétiques sur le cancer, et est fière de pouvoir enseigner des méthodes de recherche en santé humaine à des étudiants de premier cycle et de cycles supérieurs.

La Fondation David Suzuki mène présentement une étude, première du genre, sur les ingrédients toxiques dans les produits de soins personnels utilisés par les Canadiens. Alors si comme Kristan Aronson, l'utilisation et la présence de produits chimiques dans notre quotidien vous préoccupent, participez au sondage de la Fondation, afin d'obtenir avec nous des réglementations canadiennes plus strictes sur l'utilisation des produits chimiques dangereux dans nos produits de soins personnels.

15 avril 2010

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