Photo: Protéger foyers et droits

La rivière Athabasca. (Crédit: half a world away via Flickr)

Par John O’Connor, M. D.

Par Selectionnez-un...

J'ai un souvenir très vif de mes années scolaires en Irlande et des récits de notre professeur de géographie, M. Crowe, sur ses voyages au Canada. Il semblait toujours en extase en nous décrivant son expérience. Il était facile de voir dans ses yeux combien il avait aimé l'immensité des Prairies recouvertes de champs de blé balayés par le vent, à perte de vue... et combien cela lui manquait. Ses descriptions de rivières cristallines, d'immenses forêts, d'un ciel sans nuage et de la douceur de l'air évoquaient des images aussi nettes que si nous les avions regardées sur un projecteur en classe. Il répétait souvent à quel point le pays était propre. Au contraire, l'Irlande à cette époque n'était pas très propre. Je me suis juré à l'époque d'aller vérifier ses dires moi-même. Non pas que je doutais de M. Crowe. Il semblait être en contact avec le monde et était notre seul lien avec des lieux dont nous ne connaissions l'existence que par les livres que nous avions lus.

Mais depuis que je suis au Canada, c'est une image bien différente que j'ai pu découvrir; du moins dans le Nord de l'Alberta.

En ma qualité de médecin de famille, j'ai commencé à faire des visites régulières entre Fort McMurray et Fort Chipewyan au début des années 2000. Cette communauté des Premières Nations est située dans le nord-est de l'Alberta, sur la rive nord du lac Athabasca, à une heure de vol au nord de Fort McMurray et en aval des sables bitumineux de l'Athabasca.

Dans un cadre idyllique, les 1 200 résidents occupent le plus ancien établissement de l'Alberta, dont l'accès se fait par avion (ou par bateau!) 10 mois par année. La région, sur le bord du Bouclier canadien, est pittoresque. Environ 80 % des habitants vivent d'aliments traditionnels comme depuis des générations. Le poisson du lac et de la rivière Athabasca est à la base de l'alimentation de la plupart des familles. Ces eaux sont essentielles à la communauté, pour leur nourriture, leur transport et leurs loisirs. Les habitants peuvent retracer leurs racines depuis 12 000 ans.

Alors que nous avons appris à nous connaître, les anciens ont commencé à me décrire de manière très vive les changements qu'ils ont remarqués dans leur environnement au cours des 15 ou 20 dernières années, surtout dans leur rivière et leur lac bien-aimés. L'eau, qui autrefois était douce à boire pendant qu'ils pêchaient, était désormais « mauvaise », recouverte d'une pellicule permanente et goûtant l'huile. Le nombre de poissons difformes pêchés augmentait de façon alarmante et les populations de petits animaux et de rongeurs étaient décimées. Même la chair des canards qu'ils chassaient était devenue non comestible... lorsqu'ils en trouvaient à chasser.

Mon inquiétude n'a fait qu'augmenter lorsque j'ai découvert, preuves à l'appui, une augmentation des cas de cancers. Et parmi eux, des cancers rares qui n'auraient pas dû se développer dans une communauté aussi restreinte et traditionnelle.

Était-ce dû à la malchance, aux gênes, au mode de vie? Les changements environnementaux que les anciens avaient observés pouvaient-ils en être à l'origine?

Pouvait-il y avoir un rapport avec le développement industriel important en amont de la rivière Athabasca et les sables bitumineux?

La vue et l'odeur de la forêt boréale dépérissante et morte, qui représente une étendue d'un tiers plus grande que l'Irlande, sont indescriptibles. Comme si la terre faisait une hémorragie, la rivière Athabasca est un transporteur sombre et menaçant de poissons difformes. Les amoureux de cette terre redoutent bien pire encore. L'air n'a rien de doux, comme le rappellent les panneaux demandant aux voyageurs de signaler toute « mauvaise odeur ». Et les nuages d'une couleur que je n'ai jamais vu cachent souvent le ciel bleu.

Mais le pire, reste que les personnes en aval des sables bitumineux tombent malades et meurent. Des preuves accablantes et l'avis de gens que nous devrions écouter attentivement suggèrent que l'exploitation minière de l'« impossiblium » pourrait en être la cause.

Notre cher professeur nous aurait-il trompé?

Pour des raisons que nous ne pouvons que deviner, les deux paliers du gouvernement continuent de nier l'existence de changements dans l'environnement et de tout lien éventuel entre l'exploitation minière des sables bitumineux et les conséquences néfastes sur la santé des personnes en aval. En dépit de résultats scientifiques, épidémiologiques et médicaux indépendants qui devraient déclencher un branle-bas de combat, il y a une inertie, voire une défense continue de l'exploitation des sables bitumineux. En tant que médecin et être humain, je dois plaider pour mes patients, habitants de cette planète, comme moi, et les défendre, coûte que coûte. La guerre, car c'est certainement ce dont il s'agit, continue de faire rage. Paraphrasant l'hymne national du Canada dont je me suis épris : « Je protégerai foyers et droits ».

J'ai récemment revu M. Crowe lors d'un voyage en Irlande. Nous avons bu une bière ensemble et avons évoqué nos souvenirs. Je lui ai raconté ce qui se passait dans mon Canada : la décimation des forêts, la pollution des rivières, le mauvais air et les questions de vie ou de mort dans ce qui était autrefois l'une des parties les plus vierges de ce vaste pays. Mais il savait déjà tout ça! Bien sûr! Je crois qu'au cours de notre discussion, nous voyagions tous deux dans notre Canada, lui, dans le sien, et moi, dans le mien. Je suis ravi qu'il ait ces souvenirs. J'ai alors réalisé qu'il disait vrai à l'époque.

Nous voulions vraiment « protéger foyers et droits » ce jour-là pour notre Canada.

edm-o'connor.jpg Dr John O'Connor est médecin de famille en Alberta depuis 1993. Actuellement basé à Edmonton, il a dispensé des soins de santé primaires aux communautés autochtones dans l'extrême nord de la province, y compris à Fort Chipewyan, depuis 1994. En 2006, ses préoccupations concernant le nombre élevé de cancers à Fort Chipewyan ont commencé à attirer l'attention des médias. « Chip », comme on l'appelle, est le plus ancien établissement de l'Alberta. Il est aussi en aval des sables bitumineux.

15 juillet 2010

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