Photo: L'agriculture biologique est bonne pour nous et pour la planète

Crédit: Casey Lessard via Flickr

Par Selectionnez-un...

Par Dr Art Wiebe, M.D.

Pas toute agriculture biologique n'est durable, mais toute agriculture durable se doit d'être biologique. Avec la croissance de l'agriculture biologique et l'augmentation des grandes exploitations, les tentatives pour élargir la définition de ce qui est considéré comme biologique se sont aussi multipliées.

Le terme biologique est sujet à modification et interprétation tout autant que l'est le terme conventionnel. Au cours de ma vie (60 ans), la signification de ce dernier est passée de ce qu'on appelle aujourd'hui biologique à celle d'une agriculture dépendante de la pétrochimie — donc toxique. Dans bien des parties du monde, elle inclut maintenant les cultures transgéniques (OMG).

La véritable agriculture biologique est une approche écologique qui tente, autant que possible, de « fermer la boucle » des cycles de l'énergie, du carbone, de l'azote, de l'eau, et des micronutriments. Ceci est difficile puisqu'en achetant des aliments biologiques, on retire ces précieuses ressources de la ferme. Le bio-agriculteur doit faire en sorte de les remplacer, tout en minimisant l'utilisation de ressources non renouvelables. L'équilibre est atteint avec des intrants naturels : cycles de l'énergie et de l'eau, cultures fixant l'azote, déchets organiques (p.e. le fumier).

L'alimentation de proximité va de pair avec l'agriculture biologique pour étendre le principe d'équilibre écologique « au-delà des limites de la ferme ». Consommer des aliments venant de loin exige plus d'énergie à cause du transport.

Depuis l'apparition de l'agriculture, il y a environ 10 000 ans, l'activité humaine n'a cessé d'appauvrir les sols de la planète. L'agriculture biologique tente de refaire les sols en les traitant comme des organismes plutôt que comme des objets. Un bon bio-agriculteur nourrit le sol, pas les cultures. Un sol en santé est un écosystème incroyablement riche. Les champignons libèrent des minéraux alors inaccessibles et forment des relations symbiotiques avec les plantes photosynthétiques, échangeant minéraux pour sucres (énergie). Les bactéries ont la difficile tâche de fixer l'azote, gaz presque inerte mais vital puisqu'il est important pour tous les systèmes métaboliques et reproducteurs. Ceci n'est possible que dans un sol dont on a pris soin, pas dans un qu'on a empoisonné.

Si l'agriculture biologique est à ce point durable et qu'elle ne requiert pas d'intrants pétrochimiques, pourquoi les aliments biologiques sont-ils, alors, si dispendieux ? Pour faire une réponse courte : ils ne le sont pas. Par exemple, si je me rends, en tant que médecin, à une présentation pharmaceutique ayant lieu dans un restaurant chic et qu'on ne me présente pas l'addition, cela veut-il dire que le repas n'a rien coûté ? Bien sûr que non. Le restaurant est payé par l'entreprise pharmaceutique, et ultimement, ce sera le consommateur de médicaments qui paiera pour mon repas. L'agriculture « conventionnelle » se fit sur les autres, habituellement les contribuables, pour payer la majeure partie de la facture. En tant que contribuables, nous subventionnons tous l'exploration minérale, puis le transport sous la forme de routes et de pipelines (pour l'essence, la charge d'alimentation pour l'engrais azoté, etc.), tout comme le nettoyage de la pollution agricole, sans mentionner la pollution de l'air reliée au transport. Si le coût de l'élimination des déchets agricoles des Grands Lacs était ajouté au prix du bœuf ontarien, par exemple, le prix d'un steak deviendrait exorbitant. Les bio-agriculteurs ne vous demandent pas de défrayer les coûts cachés de vos aliments, ils sont déjà inclus dans le prix. Une fois que vous avez acheté vos aliments biologiques, vous avez déjà payé pour les intrants et pour l'élimination des déchets.

Les aliments biologiques sont, de toute évidence, plus sains pour la planète, mais sont-ils plus sains pour vous en tant que personne ? Nous sommes tous tellement différents (ou « hétérogènes », terme utilisé par les scientifiques) qu'il est impossible d'obtenir une réponse claire. Nous baignons tous dans une « soupe » planétaire faite de produits chimiques anthropiques. Il y en a parmi nous qui tentent de minimiser leur exposition, et effectivement, on trouve moins de résidus de pesticides chez les personnes consommant des aliments biologiques. De plus, on détecte généralement moins de nitrites (qui sont mauvais) dans les aliments biologiques, et plus de bonnes choses, tels les antioxydants.

Thomas Pawlick, dans son livre The End of Food, décrit la chute de la valeur nutritive des aliments au cours des dernières décennies, telle que rapporté par la U.S. Food and Drug Administration. Les pommes de terre et les tomates contiennent beaucoup moins de substances nutritives qu'auparavant, car on les a développées pour améliorer leur durée de conservation, leur résistance à la manutention, leur couleur, leur uniformité, mais pas leur saveur et leur valeur nutritive. Dans une ferme biologique, il y a plus de chances que vous trouviez des variétés patrimoniales telles qu'elles étaient avant ce déclin nutritionnel.

L'agriculture biologique est exigeante en main-d'oeuvre. L'agriculture pétrochimique a été créée pour réduire la main-d'oeuvre. Elle produit plus par unité de temps d'agriculteur, mais moins par unité de surface de champ. Nous avons la capacité de nourrir toute la planète d'une manière biologique, mais nous aurons besoin de plus d'agriculteurs. Une autre façon de le voir, c'est que l'agriculture biologique favorise la participation de consommateurs, de travailleurs et de producteurs, tous consciencieux.

Art Wiebe, M.D., CCFP, FRRMS (Fellow in Rural and Remote Medicine), a été médecin rural pendant plus de 30 ans et est membre du conseil d'administration du Canadian Association of Physicians for the Environment. Il habite sur une terre de 44 hectares sur les rives du Lac Huron, là où lui et sa femme, Janice McKean, exploitent une petite ferme biologique et vendent leurs produits dans un marché d'agriculteurs local. Ils étudient, cultivent et vendent des plantes indigènes, gèrent un gîte touristique agricole, et se plaisent en compagnie de leurs chevaux, des Canadiens, race faisant partie du patrimoine national. (En 2009, son ail s'est vu décerner la première place aux foires d'automne de Tiverton et de Kincardine.)

7 octobre 2010

Ajoutez un commentaire


La Fondation David Suzuki n'endosse pas nécessairement les commentaires affichés par le public sur son site Web. La Fondation se réserve le droit de refuser la publication de commentaires qui pourraient être perçus comme offensant ou qui vont à l'encontre des principes directeurs qui régissent les organismes de bienfaisance. Veuillez noter que tous les commentaires sont relus avant d'être publiés.