Quelques bonnes raisons pour lesquelles nous devons abandonner définitivement l'énergie nucléaire | Vert santé | Fondation David Suzuki

Par Dr Éric Notebaert

De plus en plus de gens sont d'accord sur l'importance de réduire notre dépendance aux combustibles fossiles. Plusieurs proposent l'énergie nucléaire comme alternative de choix. Or l'énergie nucléaire n'est pas une « énergie verte » ni une « énergie saine », car chaque étape dans la chaîne nucléaire pose des dangers à l'environnement et à la santé humaine.

En amont des centrales, l'exploitation de l'uranium et le transport du minerai sont des activités extrêmement polluantes, qui génèrent de grandes quantités de gaz à effet de serre. La production d'énergie par une centrale nucléaire produit ainsi beaucoup plus de CO2 par Kw/Hre que l'énergie éolienne, solaire ou géothermique. Les activités en amont génèrent également des polluants atmosphériques nuisibles à la santé.

Au niveau du fonctionnement des centrales elles-mêmes, le portrait ne s'améliore pas. Trois grosses études récentes qui regroupent des millions d'individus vivant à proximité de 200 installations nucléaires démontrent hors de tout doute une association entre l'incidence de leucémies infantiles, la mortalité par leucémie et la présence d'une installation nucléaire, et ce, jusqu'à 15 km en périphérie des centrales.(1)

Pour les travailleurs du nucléaire, la population environnante et leurs enfants, une élévation de l'incidence de leucémies, de cancers du sein, du poumon, de la vessie, de la thyroïde et de malformations congénitales, ont été démontrées.(2)

Et l'énergie nucléaire est, de loin, le type d'énergie qui nécessite le plus d'eau, cette ressource si précieuse et de plus en plus rare.— pour absorber la chaleur résiduelle issue de la production d'électricité et à refroidir l'équipement.

Lorsque l'eau de refroidissement est expulsée de nouveau dans l'environnement, sous forme soit de vapeur soit d'eau de décharge, elle est contaminée de tritium. Une forme instable d'Hydrogèn, le tritium est produit en très grande quantité par les CANDUs (modèle de réacteur nucléaire conçu et construit au Canada). Le tritium s'associe à l'oxygène pour former une molécule d'eau radioactive à pouvoir radio-biologique important. Elle s'intègre rapidement dans nos cellules, se lie à l'ADN et attaque les cellules en développement rapide causant parmi les animaux de laboratoire mutations, avortements spontanés, anomalies congénitales, et cancers. Or les niveaux de tritium tolérés dans l'eau potable au Canada sont très élevés : (7000 Bq/L), comparés aux taux américains (740 Bq/L) et européens (100 Bq/L). Ceci est inacceptable. Deux commissions gouvernementales préconisent une réduction de la norme permise à 20 Bq/l (3), mais elle n'a toujours pas été mise à jour.

Les réacteurs CANDU ont aussi de sérieux problèmes de conception qui les rendent dangereux, ce qui a été reconnu par la Commission canadienne de sûreté nucléaire et ces problèmes n'ont toujours pas été résolus. Les réacteurs possèdent un 'coefficient positif de réactivité nucléaire', et de potentielles défaillances des tubes de force. Ces défaillances peuvent causer une fonte du cœur du réacteur et de sérieux risques d'explosion avec des conséquences catastrophiques pour la santé et l'environnement.

Le risque d'accidents qui pourraient entrainer une exposition aigüe à la radiation persistera toujours. À la vitesse avec laquelle un accident peut survenir dans une centrale, il est impossible d'être certain que les systèmes d'urgence puissent réagir à temps pour éviter la catastrophe.(4) Aucune autre industrie ne nous expose à de tels risques gigantesques. Les compagnies d'assurance refusent d'ailleurs de prémunir leurs clients contre les risques d'origine nucléaire.

Faut-il rappeler aussi que des groupes terroristes ont clairement identifié les centrales nucléaires comme des cibles potentielles? Un écrasement d'avion sur une centrale aurait aussi de graves impacts sur la santé et l'environnement.

Enfin, au bout de la chaine nucléaire arrive la question épineuse de déchets radioactifs. Il n'y a encore aucune solution satisfaisante de stockage à long terme des déchets à haute radioactivité, qui resteront radioactifs pendant des milliers d'années. De plus, il y a des quantités encore plus élevées de déchets de moyenne et faible radioactivité et des résidus de mines d'uranium qui représentent des risques sérieux pour la santé.

Toutefois, on entend dire que les réacteurs nucléaires sont nécessaires pour la production d'isotopes radioactifs utilisés dans l'imagerie médicale. Cet argument « promotionnel » de l'industrie nucléaire ne tient pas debout. Des accélérateurs-cyclotrons situés à proximité des hôpitaux peuvent alternativement être construits à moins du dixième du coût requis par un réacteur nucléaire. Ils ne génèrent pas de déchets nucléaires et n'utilisent pas d'uranium hautement enrichi.

L'énergie nucléaire est couteux non seulement pour l'environnement mais aussi pour les contribuables et les consommateurs d'électricité. Les promoteurs sont totalement irréalistes lorsqu'ils parlent des coûts estimés de réfection des centrales. Par exemple, pour la réfection de Gentilly-2, Hydro-Québec prévoyait un budget de 1,9 milliard de dollars. Ce montant n'inclut pas une évaluation des coûts pour la gestion de tous les déchets radioactifs. Or, toutes les analyses indépendantes aussi bien au Québec qu'à l'étranger prévoient des coûts beaucoup plus élevés (3 à 5 fois selon certains estimés). En Ontario, un frais supplémentaire est facturé à tous les consommateurs d'électricité pour payer la dette nucléaire de la province qui dépasse 20 milliards de dollars. Déjà en 1985, le magazine Forbes concluait que cette énergie était un désastre économique monumental.

Dernier argument, et non le moindre, les matériaux radioactifs enrichis pour le nucléaire civil peuvent l'être aussi à des fins militaires. Depuis 25 ans c'est là la principale voie par laquelle les armes atomiques ont été développées, et en particulier avec la technologie CANDU.

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Dr Éric Notebaert est professeur agrégé à la Faculté de Médecine, l'Université de Montréal. Il est membre du Cercle scientifique de la Fondation David Suzuki et siege sur le CA de l'Association canadienne des médecins pour l'environnement.

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(1) Baker PJ et al. Eur J Cancer Care 16: 355-262 (2007); Mangano J et al. Eur J Cancer Care 17: 416-418 (2008); Katsch P et al. Deutsches Arzeblatt Int. 105(42): 725-732 (2008).

(2) Clarke E et al. Childhood Leukemia Around Canadian Nuclear Facilities — Phase 1 and 2. Ont Cancer & Treatment Found. mai 1989 (Phase 1), juin 1991 (Phase 2); McLaughlin J et al. Occupational Exposure of Fathers to Ionizing Radiation and the Risk of Leukemia in Offspring — A Case-Control Study, 1992. Ont Cancer & Treatment Found. CCEA projet no 7.157.1. aûot 1992; Johnson K et al. Tritium Releases from the Pickering Nuclear Generating Station and Birth Defects and Infant Mortality in Nearby Communities 1971-88. CCEA projet no 7.156.1.1992; Green et al. Risk of Congenital Anomalies in Children of Parents Occupationally Exposed to Low Level Ionising Radiation. Occup & Environ Med. 54:629-635 (1997); Whitby et al. Durham Region Health Department, Radiation and Health in Durham Region, novembre 1996; Zablotska L et al. Analysis of Mortality among Canadian Nuclear Power Industry Workers After Chronic Low-Dose Exposure to Ionizing Radiation. Radiation Research 161: 633-641 (2004).

(3) "A Standard for Tritium," Ontario Advisory Committee on Environmental Standards (1994) et Ontario Drinking Water Advisory Council Tritium Standard Review (1999).

(4) 10-H15.C: Mémoire supplémentaire du personnel de la Commission canadienne de sûreté nucléaire, lors de l'audience publique du 10 décembre 2010.

21 janvier 2011

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