Photo: Le rayonnement nucléaire et votre santé

Crédit : Kordian via Flickr

Par Dre Cathy Vakil

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Au moment où j'écris ces lignes, la température interne du réacteur nucléaire de Fukushima, au Japon, augmente lentement, car son système de refroidissement est tombé en panne. Lorsque vous me lirez, peut-être une autre fusion du cœur aura-t-elle eu lieu, recrachant des isotopes radioactifs dans l'atmosphère. Nous pouvons d'ores et déjà anticiper une augmentation des cas de cancers dans les prochaines décennies, alors que les niveaux de radiations augmentent partout à travers le monde, y compris ici, au Canada.

Quand on y pense bien, une catastrophe comme celle de Fukushima n'est pas si surprenante, même dans un pays hautement développé comme le Japon. Le processus à l'intérieur d'un réacteur nucléaire est comparable à la détonation lente et contrôlée d'une bombe nucléaire. Lors d'une perte de contrôle, une fusion du cœur d'un réacteur peut se produire, comme lors des accidents de Tchernobyl, Three Mile Island et maintenant Fukushima.

Est-ce que ça pourrait arriver ici? L'industrie du nucléaire et notre gouvernement tentent de nous assurer que non, même si la première fusion du cœur d'un réacteur nucléaire s'est produite au Canada en 1952, plus précisément à Chalk River, en Ontario. On nous dit que l'énergie nucléaire est abordable, propre et sécuritaire, et que nos réacteurs devraient résister à n'importe quelle force de la nature, tout comme le croyaient très probablement les Japonais. Les commentaires abondent à propos des bénéfices de l'énergie nucléaire, minimisant ses dangers. J'ai été fort étonnée par certains mythes entourant les radiations et leur effet sur la santé, dont en voici quelques-uns:

Mythe no.1 : Un accident nucléaire ne pourrait jamais survenir au Canada.

Il ne faut jamais dire jamais. La fusion du cœur du réacteur nucléaire de Three Mile Island était présumée impossible, tout comme le récent désastre pétrolier de la compagnie BP et même le naufrage du Titanic. Quand allons-nous apprendre que nous ne pouvons pas tout contrôler, et que les humains ne sont pas infaillibles? Notre Terre subit de plus en plus de désastres naturels de magnitudes croissantes. Un accident nucléaire causé par la nature, une erreur humaine ou une attaque terroriste peuvent sembler improbables, mais comme nous le constatons maintenant pour le Japon, les conséquences peuvent être catastrophiques.

Mythe no.2: L'énergie nucléaire n'a été la cause d'aucun décès au Canada.

Nous savons qu'il n'y a pas de niveau sécuritaire de radioactivité (malgré tout ce qui a été dit sur les niveaux apparemment sécuritaires au Japon), que les radiations causent le cancer, particulièrement la leucémie, et que les enfants sont plus vulnérables à leurs effets que les adultes. Une étude convaincante effectuée en Allemagne en 2008 a démontré que des enfants vivant près de réacteurs nucléaires avaient un risque plus élevé de développer une leucémie 1. D'autres études indiquent des risques élevés de divers cancers et de malformations congénitales 2, 3 chez les personnes habitant à proximité de centrales nucléaires. La plupart des réacteurs nucléaires canadiens sont situés près des régions les plus peuplées du pays. Imaginez les millions de réfugiés sans abris, avec toutes les questions de santé en découlant, si nous devions évacuer une région même à 100 kilomètres du réacteur nucléaire de Pickering.

Mythe no.3: Nous sommes déjà exposés à une certaine dose de rayonnement naturel, donc il ne faut pas s'inquiéter d'ajouter un peu de radiations à ce «bruit de fond» naturel.

Ajouté au rayonnement naturel, les radiations nucléaires pourraient apporter une augmentation des taux de cancer, de maladies génétiques ainsi qu'une accélération du processus de vieillissement. Nous avons graduellement augmenté le rayonnement de fond avec les essais nucléaires des années 1950, et avec les accidents de Three Mile Island, Tchernobyl, et maintenant Fukushima. Nous créons constamment des produits de fission hautement radioactifs dans nos réacteurs et nos bombes, dont certains avec de très longues demi-vies. Chaque ajout de radioactivité est une menace de plus pour notre santé et celle de nos descendants.

Mythe no.4 : Les isotopes émis par la centrale de Fukushima ont de courtes demi-vies et ne sont pas préoccupants pour la santé à long terme.

Ceci est faux. Certains isotopes émis par le combustible nucléaire irradié ont de très longues demi-vies, tel le plutonium 239, un produit de réacteur nucléaire créé par l'humain, qui ne se retrouve pas normalement dans la nature. Sa demi-vie est de 24 000 ans, ce qui signifie qu'il persistera dans l'environnement pendant une durée faramineuse de 240 000 ans. Les isotopes radioactifs à courte demi-vie sont également dangereux. L'iode-131, avec une demi-vie de 8 jours, cause le cancer de la thyroïde. Le xénon-137, avec une demi-vie de 4 minutes, se désintègre en césium-137, qui se concentre dans les muscles, causant des cancers musculaires. Le krypton-90, avec une demi-vie de 33 secondes, se désintègre pour devenir du strontium-90, qui se concentre dans les os, causant le cancer des os et des leucémies. Ces isotopes sont dangereux, que leur demi-vie soit longue ou courte.

Mythe no.5 : Au-delà de la région à proximité de la centrale de Fukushima, il ne faut pas s'inquiéter des niveaux de radiations, qui n'atteindront de toute façon jamais l'Amérique du Nord à des niveaux pouvant affecter notre santé.

Le nuage radioactif provenant du Japon, contenant du césium-137, de l'iode-131 et d'autres éléments toxiques a été détecté à Terre-Neuve, et même aussi loin qu'en Suède, confirmant qu'il a déjà atteint l'Amérique du Nord. La radioactivité a été mesurée jusque dans le lait des vaches et les échantillons de l'eau aux États-Unis. Jusqu'à maintenant, les niveaux de radioactivité détectés sont très bas, mais c'est un leurre de croire que la catastrophe de Fukushima n'affectera pas notre santé, ici, en Amérique du Nord.

Mythe no.6: L'énergie nucléaire n'a rien à voir avec la guerre nucléaire.

Le plutonium et le tritium, deux déchets de la production d'énergie nucléaire, sont les substances utilisées dans les bombes nucléaires, entraînant d'énormes risques s'ils tombent entre les mains de terroristes. Saviez-vous que jusqu'en 1965, tout l'uranium produit au Canada était exporté aux États-Unis et utilisé pour fabriquer des armes nucléaires, incluant les bombes lancées sur Hiroshima et Nagasaki? C'est la technologie canadienne des réacteurs CANDU qui a aidé l'Inde à réaliser ses premiers essais de bombes nucléaires. L'énergie nucléaire est indissociable de l'armement nucléaire.

La tragédie de Fukushima a entraîné une réflexion mondiale à propos de l'usage de l'énergie nucléaire, alors que le Japon lutte pour refroidir les réacteurs qui surchauffent toujours. Les Canadiens, eux, continuent à recevoir de la désinformation par rapport à cette industrie, apparemment si abordable, propre et sécuritaire. Les médecins et les infirmières qui ont réconforté des enfants se mourant du cancer, ou des proches face à la mort d'un être cher, connaissent le coût humain de la maladie. L'industrie de l'énergie nucléaire cause et continuera de causer des cancers et d'autres maladies graves aussi longtemps qu'elle sera autorisée à exister. Ceci perpétuera également la menace d'une guerre nucléaire. Investir dans la conservation énergétique et dans les énergies alternatives, au lieu de l'énergie nucléaire, constitue un meilleur choix pour la santé de notre planète. Il est temps pour nous, avec une élection à venir et l'accident nucléaire de Fukushima qui risque de s'apparenter à la catastrophe de Tchernobyl, de dire non à l'énergie nucléaire.

cathy_vakil (web).jpgDre Cathy Vakil pratique la médecine familiale à Kingston, en Ontario. Elle est également professeure adjointe au Département de médecine familiale de l'Université Queen's. Elle est membre active du conseil d'administration de l'Association Canadienne des médecins pour l'environnement et de l'Association des médecins pour la survie mondiale (Canada).

Références

1Leukemia in Young Children Living in the Vicinity of German Nuclear Power Plants. Spix, Schmeidel, Kaatsch, Schulze-Rath, Blettner. 2008
2Durham Region Health Department. Radiation and Health in Durham Region 2007. Whitby Ontario. Regional Municipality of Durham
3Tritium Releases from the Pickering Nuclear Generating Station and Birth Defects and Infant Mortality in Nearby Communities 1971-1988. Johnson, Rouleau. 1991

20 avril 2011