Par Dr David L. Mowat

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La notion des soins de santé publique existe depuis longtemps, mais l'arrivée du système de soins de santé publique que nous connaissons date du milieu du 19e siècle lorsque le surpeuplement des villes avait été cause d'épidémies suite à la migration vers les grandes villes durant la révolution industrielle. Le « mouvement sanitaire » est venu faire en sorte que l'on reconnaisse l'importance de l'eau salubre et de l'évacuation saine des ordures. Le zonage a ensuite été introduit afin de mieux protéger la population des toxines émises par la production industrielle.

Aujourd'hui, les maladies chroniques constituent une des prépondérantes causes de mortalité. La majorité de ces conditions est causée par l'obésité. L'obésité est un problème grandissant dans les pays développés à travers le monde. Le nombre de personnes souffrant d'excès de poids ou d'obésité grimpe sans cesse — au Canada, nous frôlons un chiffre se rapprochant à 50 % de la population. L'obésité augmente les risques de maladies, y compris les maladies cardiovasculaires. La prévalence accrue du diabète est ce qui nous préoccupe davantage; presque 7,6 % des Canadiens en souffrent. Les préoccupations concernant ces maladies évitables ont toutefois amélioré l'attention portée à l'environnement bâti ainsi qu'à comment il peut réduire le fardeau qu'entraînent les maladies chroniques. En fait, ce nouvel intérêt nous ramène aux origines des soins de santé publique, soit, le milieu urbain.

La prolifération des banlieues

L'environnement bâti de l'Amérique du Nord se décline par une prolifération d'une culture suburbaine dépendante de voitures. Les gens s'installent loin de leur lieu de travail, les enfants grimpent à bord d'autobus sinon montent en voiture afin de se rendre à l'école, les voitures constituent le moyen de transport le plus utilisé pour faire ses emplettes, bref, les occasions pour les interactions sociales sont rares. Cette dépendance entraine, entre autres, une réduction dans la qualité de l'air, un déclin du capital social et une augmentation du taux d'incidence de blessures. Les surfaces en béton et en asphalte absorbent la chaleur et, sans la verdure d'un couvert arboré, les températures grimpent, ce qui pose des risques de santé, particulièrement chez les personnes âgées. Mais c'est l'impact de notre environnement bâti sur notre niveau d'activité physique qui pose le plus grand risque à notre santé.

Des espaces propices à la marche

De plus en plus d'études démontrent un lien entre notre environnement bâti et notre état de santé. Ces études témoignent d'un lien entre l'aménagement d'un quartier afin qu'il soit propice à la marche et les états de santé de ses habitants. Une étude menée à Toronto fait le lien entre les banlieues à faible densité, et donc moins propice à la marche, et la prévalence du diabète. Les banlieues à faible densité ont aussi tendance à laisser des empreintes écologiques plus importantes.

Quand nous parlons d'activité physique, nous pensons plus souvent aux sports et aux divertissements qu'au transport. Mais l'impact de nos moyens de déplacement, c'est-à-dire toute notre activité physique uniquement utilitaire, est beaucoup plus intéressant au point de vue de la santé. Des changements importants s'imposent à notre environnement bâti afin d'appuyer et d'encourager une hausse en activité physique dite utilitaire.

Nous savons déjà reconnaître les environnements bâtis sains. On y retrouve de nombreux services à proximité, dont le transport, les commerces, les parcs et les installations communautaires, auxquels l'on peut se rendre à pied ou en vélo en moins d'un quart d'heure. On peut y trouver du travail sans avoir à se déplacer trop loin. Les rues se croisent de façon rectilinéaire plutôt que de faire partie d'un réseau de croissants et de culs-de-sac. Les routes sont plutôt étroites, les habitations et les magasins sont rapprochés du bord de la rue et le stationnement est situé à l'arrière. Le type d'habitation est diversifié (avec moins de maisons individuelles isolées et plus d'habitations en rangée et d'appartements au deuxième au-dessus des commerces). Ce type d'environnement fait partie de ce que l'on appelle le « nouvel urbanisme », un mouvement qui réclame que la densité des banlieues soit considérablement plus haute qu'elle l'est actuellement.

Pour s'y rendre

Les planificateurs urbains œuvrent depuis des années à développer une vision d'un environnement bâti de haute qualité qui comprend tous ces éléments propices à la santé. Toutefois, il n'est que dernièrement que la santé publique et les planificateurs urbains collaborent afin de développer cette vision. Il faut, dans un premier temps, développer les politiques et les outils fondés sur des preuves afin d'appuyer les développeurs et les planificateurs dans la conception et l'évaluation de communautés saines et propices à la santé. Le Réseau canadien pour la santé urbaine est une initiative visant le rassemblement des agences de santé publique des grandes villes canadiennes, l'Institut canadien des urbanistes, la Fondation des maladies du cœur, entre autres, afin de fournir des renseignements utiles au sujet des enjeux liant la santé publique et les environnements bâtis.

La tâche est complexe et il y a de nombreux intérêts auxquels répondre. La conception des routes est entre les mains des ingénieurs des transports. L'ajout de voies cyclables et de voies pour les autobus demande qu'on élargisse les routes sinon les voies. Une commission scolaire pourrait décider de construire une grande institution scolaire plutôt que plusieurs petites écoles de quartier, ou pourrait omettre d'installer des supports à vélo. Tous ces éléments contribuent à déterminer le niveau d'activité physique nécessaire pour se rendre à destination.

Un effort concerté

Un environnement bâti propice à la santé c'est... un environnement à haute valeur esthétique, un environnement offrant des espaces pour le sport et le divertissement, un environnement renouvelable, un environnement qui réduit les coûts d'infrastructure, un environnement qui saura appuyer la prospérité économique tout en réduisant les embouteillages. Nous avons tout à gagner en travaillant ensemble afin de développer des milieux propices à la santé, qu'il s'agisse de notre milieu de travail, de vie ou de jeu.

David-Mowat.jpgDr Mowat est médecin hygiéniste en chef pour la région Peel en Ontario. En tant que représentant des médecins hygiénistes en chef des 18 plus grandes villes canadiennes, il préside le groupe de travail sur l'environnement bâti au sein du Réseau canadien pour la santé urbaine.

24 mai 2011