Photo: La ligne verte qui coupe les villes

(Crédit : jen_maiser via Flickr)

Par Tara Zupancic, Maîtrise en santé publique

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Notre corps et notre cerveau désirent le contact avec la nature. Plusieurs études ont démontrées que la proximité avec la nature améliore notre santé tout en nous rendant plus heureux et paisibles. L'absence du contact avec la nature augmente le niveau de stress, d'agressivité et même de violence. On pourrait donc s'attendre à ce que l'optimisation des espaces verts soit une priorité, d'autant plus que 80% de la population canadienne réside à présent en milieu urbain. Pourtant, la répartition d'oasis verts dans les ville a de quoi laisser perplexe, certains quartiers bénéficiant d'une abondante verdure alors que d'autres sont de véritables déserts de béton.

Nos recherches menées par les communautés sur la santé environnementale urbaine 1 font état de cette distribution inégale des espaces verts en ville. À Toronto, à Winnipeg et à Vancouver, les chercheurs ont constaté la faible densité de la végétation dans les quartiers plus pauvres, alors que d'autres quartiers multiplient les espaces verts. Cette absence de planification verte a un effet démoralisateur dans les populations concernées, s'ajoutant aux défis qui pèsent déjà sur leur bien-être mental.

Un des chercheur se prononce :

« Quand je regarde les photos de mon quartier et d'autres parties de la ville, je vois que l'espace dont nous disposons pour vivre est de plus en plus exigu... Quand on a peu ou pas d'argent, qu'on est sous pression ou qu'on a des problèmes, et qu'on va à des endroits comme la plage pour observer l'horizon, on se rend compte que ce bout de terre est ici depuis toujours, du moins il existait bien avant nous et sera là encore longtemps après notre disparition. Face à cette étendue, je me dis que ma vie comprend autre chose que mes épreuves et mes problèmes. Voilà ce que je retiens de la fréquentation de ces grands espaces. »

Les résultats scientifiques confirment l'hypothèse que le temps passé en nature améliore le bien-être mental et émotif. Encore plus que la tranquillité d'esprit, les espaces verts urbains contribuent un bien-être physique en permettant de combattre la chaleur, en facilitant la respiration et encourageant l'activité physique. Cependant, la distribution de verdure n'est pas faite de façon équitable dans les villes. Les recherches sur les changements climatiques confirment les résultats de notre étude comparative des quartiers urbains : les communautés pauvres sont situées près des noyaux urbains, avec peu de végétation et beaucoup de surfaces rayonnant la chaleur. À l'inverse, les quartiers mieux nantis sont souvent bordés par une végétation rafraîchissante. Voilà un autre facteur qui peut expliquer la causalité entre le statut socio-économique et les décès et les maladies associés à la chaleur. 2

Que faire, alors? La forte densité de population et l'absence d'espace disponible sont souvent ciblés comme obstacles à l'augmentation d'espaces verts dans le noyau des villes, mais nos chercheurs nous donnent un autre son de cloche. Dans leurs villes respectives, ils ont facilement pu identifier des endroits où faire pousser des arbres, où installer des murs verts, où planter des buissons pour l'absorption du son et où créer des espaces naturels et tranquilles. Selon ces chercheurs, c'est plutôt la peur qui empêche la création de ces îlots de verdure, dont on dit qu'ils pourraient fournir un lieu propice à des personnes et à des comportements indésirables, des itinérants qui dorment, des agresseurs qui se dissimulent ou des activités liées aux drogues.

Est-il cependant raisonnable de blâmer des arbustes pour ces comportements? Il est difficile de prétendre que la réduction de la verdure soit une stratégie sérieuse pour faire face à des enjeux sociaux comme le crime ou l'itinérance, surtout puisqu'il est de plus en plus évident que le contact avec la nature procure plutôt un ressourcement mental et physique. Il transparaît donc que les quartiers déjà aux prises avec la pauvreté ou la mauvaise qualité des habitations sont aussi ceux qui ont le moins accès à des espaces verts urbains, espaces qui pourraient justement rehausser leur niveau de vie.

En somme, est-ce que la protection de la qualité de l'air, la réduction de la morbidité, l'amélioration de la santé mentale et l'établissement d'espaces publics verts sont freiné par la peur et les préjugés? Est-ce que des quartiers entiers doivent se passer de nature par discrimination? La forte densité de population et l'absence d'espace sont-elles la seule explication à la ligne verte qui coupe les villes, où y a-t-il d'autres facteurs en jeu?

Récemment, l'émission The Current de la CBC réalisait un documentaire sur le lien entre la nature et la santé humaine, qui ne peut que nous inspirer à vouloir équilibrer le béton de nos villes avec de la verdure. 3 Un tel équilibre ne peut cependant se faire qu'en faisant intervenir les principes d'équité et de justice sociales dans la mise en place de stratégies urbaines de santé environnementale. Il faut avant tout que la planification urbaine tienne compte des demandes et prenne appui sur les connaissances des communautés en manque d'espaces verts.

Tara Zupancic est directrice associée du Centre for Environmental Health Equity (www.cehe.ca). Ce centre de recherches appuie les communautés en obtenant les connaissances nécessaires pour créer des milieux de vie plus justes et équitables. La vision d'avenir du CEHE est un environnement où tout un chacun aura l'occasion de s'épanouir dans une communauté saine et dynamique, indépendamment de sa localisation.


1 Relocating environmental health inequity in the city through the photos of inner city residents in Vancouver, Winnipeg and Toronto (en anglais seulement)

2 NASA Assets Provide Orbital View to Study Phoenix Heat Waves (en anglais seulement)

3 Urban by Nature (Documentary) (en anglais seulement)

18 juillet 2011

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1 commentaire

19 juillet, 2011
1:17 PM

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La nature est notre mère à tous… et nous lui en sommes redevable… on prend sans donner une valeur à la ressource en jeux… les gens , la flore et la faune dans un désert ne prend que le nécessaire à leur survie. sinon le déséquilibre se fait ressentir pour tous… nous qui sommes si intelligent et pouvons résoudre des problèmes difficiles, ne se donne pas les moyens de faire comprendre à tous la fragilité de notre milieu de vie…. Je suis inquiet pour l’avenir… … et pour les générations futur… nos enfants et petits enfants… Quelques prises de conscience et quelques petits gestes répétés pour des millions d’Humains peux finir par faire une différence sur la qualité de tous… Merci

Réjean Desrosiers

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