Photo: Changements climatiques : au cœur du problème

(Crédit : Juise via Flickr)

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Bradley J. Dibble est cardiologue à Barrie et Newmarket en Ontario. En plus de mettre l'emphase sur la gestion des facteurs de risque et sur la médecine préventive dans sa pratique, il porte un intérêt spécial aux questions environnementales et à la crise climatique. En 2009, il a été nommé par le ministre fédéral de l'Environnement au sein du Conseil consultatif sur le développement durable et il fait partie des Éco-leaders de l'Association Canadienne des Médecins pour l'Environnement (ACME). Le Dr Dibble a écrit un livre sur la crise climatique, intitulé Comprehending the Climate Crisis, qui sera publié plus tard cette année. Vert santé a demandé au Dr Dibble de partager son point de vue sur les changements climatiques.

Vert santé: En tant que cardiologue, qu'est-ce qui a suscité votre intérêt envers le problème des changements climatiques?

Dr Dibble: Premièrement, mes questionnements par rapport aux changements climatiques proviennent principalement du fait que je suis un citoyen préoccupé par l'avenir de ma planète. Ensuite, en tant que médecin, je dois soigner les malades, mais j'ai aussi un devoir de prévention. Ce devoir doit s'étendre à toute la population et pas seulement aux gens que je reçois en consultation. De plus, les patients souffrant de problèmes respiratoires ou cardiovasculaires sont particulièrement sensibles aux changements de température et d'humidité, donc plusieurs de mes patients seront parmi les plus touchés par les effets néfastes des changements climatiques sur la santé.

Vert santé: Quels effets les changements climatiques pourraient-ils avoir sur la «santé cardiaque » des Canadiens?

Dr Dibble: Les études ont démontré que les risques de crises cardiaques et de décès sont augmentés par des hausses de chaleur et d'humidité, plus spécialement chez les gens souffrants ou à risque de souffrir de maladies cardiovasculaires, notamment les ainés. Pendant les journées chaudes et humides, nous conseillons à ces individus de rester le plus possible au frais et de bien s'hydrater. Si le réchauffement climatique se poursuit selon les prévisions — considérant que 10 des 11 dernières années sont parmi les plus chaudes jamais enregistrées — alors, de plus en plus de gens verront leur santé affectée.
De plus, les températures plus chaudes associées aux changements climatiques sont susceptibles d'exacerber les problèmes de la qualité de l'air. Plus particulièrement, la formation d'ozone au niveau du sol, un composant du smog, dépend de la température. Les scénarios de changements climatiques prévoient des concentrations croissantes de ce gaz, ce qui entrainera des effets majeurs sur la santé humaine. Déjà, 5.5% des décès reliés à des maladies cardiaques et pulmonaires au Canada peuvent être attribués à une exposition à l'ozone, et les niveaux de ce gaz n'ont cessé d'augmenter au cours de la dernière décennie. Si la tendance se maintient, cette situation ira en empirant.

Vert santé : En tant que médecin, quels sont les autres impacts des changements climatiques qui vous préoccupent?

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Dr Dibble : Il y en a trop pour les énumérer tous, mais je vais en souligner quelques-uns qui m'inquiètent particulièrement. Le premier concerne les vecteurs de maladies comme les moustiques impliqués dans la transmission de la malaria. Les régions où sévissent ces moustiques sont appelées à s'étendre à mesure que la température augmente sur la planète. Les 250 millions de personnes infectées chaque année pourraient facilement être deux fois plus nombreuses dans les années à venir. Plusieurs autres maladies transmises par des vecteurs pourraient de la même manière être propagées sur de plus grands territoires. Un exemple plus près de nous, qui touche directement les Canadiens, est la maladie de Lyme. Un de ses vecteurs de transmission est la tique du chevreuil, dont le territoire est également appelé à s'étendre en raison des changements climatiques.
Une autre de mes préoccupations est le cout financier des changements climatiques. Quand on réalise que l'ouragan Katrina a couté plus de 80 milliards de dollars et que les phénomènes climatiques extrêmes sont susceptibles de devenir plus courants en raison du réchauffement climatique, il en résulte que l'argent dépensé pour faire face à ces catastrophes ne sera plus disponible pour financer, par exemple, les soins de santé.

Vert santé : Étant donné que les gaz à effet de serre au Canada proviennent à 80 % du secteur de l'énergie, quelles seraient les meilleures options énergétiques par rapport à la santé des Canadiens?

Dr Dibble: Il est bien connu que l'activité physique favorise une bonne santé cardiovasculaire. Une des meilleures options énergétiques serait donc d'utiliser l'énergie humaine plutôt que celle des véhicules pour se rendre du point A au point B. Ceux qui le peuvent devraient effectuer leurs déplacements à pied ou à vélo. Comme environ 30 % des émissions de gaz proviennent des véhicules, il s'agirait d'une excellente façon d'améliorer non seulement notre santé cardiovasculaire, mais aussi de réduire notre empreinte carbone.
Parmi les autres options à envisager, les Canadiens pourraient tenter de réduire leur empreinte carbone en surveillant de près leur consommation d'énergie, principale source d'émissions de gaz à effet de serre. En se tenant loin des combustibles fossiles et en favorisant les énergies renouvelables, il serait possible de réduire substantiellement les émissions de gaz. Plusieurs professionnels de la santé au Canada font déjà équipe pour soutenir une campagne justement ce but.

Vert santé: Si vous pouviez rédiger une « ordonnance » pour résoudre le problème des changements climatiques, quelle serait-elle?

Dr Dibble : Obtenir un consensus international à propos de la sévérité du problème serait déjà un premier pas important. Jusqu'à ce que les gouvernements travaillent de concert pour s'attaquer au problème à l'échelle mondiale, dans un esprit de coopération, je crois qu'il sera trop difficile en tant qu'individus de tout faire par nous-mêmes. Mon ordonnance serait que les dirigeants des pays industrialisés et des pays en croissance rapide se rencontrent dans une pièce et n'en sortent pas avant d'avoir conclu un accord contraignant sur le prix du carbone, qui serait applicable mondialement.
J'aimerais aussi voir le Canada prêcher par l'exemple. Oui, nous sommes assis sur un énorme dépôt de pétrole avec les sables bitumineux d'Athabasca, mais il s'agit de la source de pétrole la plus sale de la planète et de la source d'émissions de gaz à effet de serre qui connait la croissance la plus rapide au pays. Ce n'est pas parce qu'il y a une demande que nous devons absolument y répondre. Dans l'état actuel des choses, le pétrole est la drogue, la planète est l'accro et le Canada est le revendeur. Je crois que l'opportunité de devenir le fer de lance d'un mouvement mondial en faveur des énergies renouvelables se trouve à portée de mains. C'est à nos dirigeants politiques de faire les bons choix, mais nous devons unir nos voix pour leur faire part de nos préoccupations, pour qu'ils sachent ce qu'on pense de cette situation.

Vert santé : En tant qu'individus, qu'est-ce que nous, Canadiens, pouvons faire pour protéger notre santé des effets des changements climatiques?

Dr Dibble : Diminuer les risques de maladies en adoptant de saines habitudes de vie serait déjà un bon départ. Ceci implique de faire de l'exercice, d'avoir une saine alimentation en évitant les abus, de ne pas fumer, de connaître ses propres facteurs de risque tels que pression sanguine, diabète, taux de cholestérol, et de suivre des traitements au besoin. Un corps en santé sera beaucoup plus apte à faire face aux effets des changements climatiques qu'un corps malade. Militer pour une planète en santé et trouver des solutions dans nos vies personnelles et en famille afin de minimiser les effets néfastes font aussi partie des gestes importants que l'on peut poser. Comme le dit le proverbe : «Mieux vaut prévenir que guérir».

29 septembre 2011

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