Photo: Les interdictions de pesticides sont bénéfiques pour l'environnement et pour la population

(Credit: OlivIreland via Flickr)

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Cathy Vakil est médecin de famille au département de médecine familiale de l'université Queen's à Kingston en Ontario. Elle siège au comité de santé environnementale du Ontario College of Family Physicians et au conseil d'administration de l'Association canadienne des médecins pour l'environnement. Elle est coauteure de l'analyse documentaire axée sur les études sur les pesticides intitulée « Pesticide Literature Review » publiée en 2004 par le Ontario College of Family Physicians. À la suite de sa dernière contribution à notre série Vert Santé, nous avons demandé à la Dre Vakil de partager ses idées face aux développements scientifiques et politiques portant sur l'enjeu des pesticides.

Vert Santé : Qu'est-ce qui vous a motivé à vous pencher sur la question des pesticides?

Dre Vakil : Pour les médecins de famille, la médecine préventive est la meilleure démarche pour faire face aux problèmes de santé de nos patients. Un environnement sain est essentiel pour maintenir une population en santé. Il existe depuis plusieurs décennies d'importantes controverses concernant les effets des pesticides sur la santé, particulièrement en ce qui concerne le cancer, surtout chez les enfants. L'enjeu était devenu encore plus important pour moi lorsque j'ai compris que les contaminants sur les aliments que mangeaient mes propres jeunes enfants pourraient avoir des effets nocifs. C'est ainsi que je suis devenue intéressée à la recherche sur les effets des pesticides sur la santé.

Vert Santé : De quelle façon les pesticides peuvent-t-ils avoir un impact sur la santé?

Dre Vakil : Les pesticides peuvent causer des cancers (dont le lymphome, la leucémie, le cancer du cerveau et de la prostate), des retards de développement chez les enfants, des problèmes respiratoires tels que l'asthme, des maladies neurologiques telles que la maladie de Parkinson, des déficiences congénitales et des problèmes de reproduction chez les couples voulant fonder une famille. Depuis les années 60, de nombreuses études ont souligné ce que les recherches menées au cours des dernières décennies ne cessent de confirmer : il existe un lien entre l'exposition aux pesticides et ces maladies.

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Vert Santé : Depuis la publication de l'analyse documentaire portant sur les études sur les pesticides publiée en 2004 par le Ontario College of Family Physicians, quels types de recherches ont été menées afin de mieux comprendre les impacts des pesticides sur la santé?

Dre Vakil : Un grand nombre d'études scientifiques ont été menées depuis 2004 portants sur les liens entre les pesticides et les problèmes de santé. La plus récente (Vinson 2011) a rassemblé les résultats de 40 études dans une méta-analyse (c.-à-d., une analyse rassemblant les résultats d'un nombre d'études afin d'augmenter les données et de solidifier les résultats). L'analyse a révélé que le taux de risque de lymphome et de leucémie chez les enfants augmentait de façon significative lorsque la mère avait été exposée aux pesticides durant la grossesse. Les risques de cancer du cerveau ont aussi été corrélés au taux d'exposition du père aux pesticides avant et après la naissance de l'enfant. Il est important de souligner que ces taux d'exposition étaient liés à l'exposition aux produits ménagers, dont les types de pesticides utilisés à des fins esthétiques faisant l'objet d'interdictions. Cette analyse reconfirme l'importance de protéger les femmes enceintes et les hommes en âge de procréer des effets nocifs des pesticides afin de protéger les fœtus et les jeunes enfants.

Une autre méta-analyse (Bailey 2010) se penchant sur l'utilisation des pesticides en milieu résidentiel a révélé que le taux de leucémie chez l'enfant augmentait suite à l'exposition de la mère (durant la grossesse) et des jeunes enfants aux interventions antiparasitaires chimiques. Ceci confirme une fois de plus les observations scientifiques liant les pesticides à la leucémie chez les enfants.

Une troisième étude (Engel 2007 et 2011) s'est penchée sur l'effet des pesticides sur le développement neurologique d' enfants pendant plusieurs années en mesurant le taux d'exposition à partir de test d'urine chez les mères durant la grossesse. L'étude a démontré que l'exposition des mères aux organophosphates durant la grossesse avait mené à des incidences de déficiences en matière du développement mental chez les nouveau-nés, les enfants de 12 mois ainsi que chez les enfants entre l'âge de 6 et 9 ans.

Vert Santé : Croyez-vous que les lois municipales et provinciales qui interdisent l'utilisation de pesticides pour l'entretien de la pelouse ou du jardin sont efficaces pour réduire notre exposition à ces produits chimiques toxiques?

Dre Vakil : Une étude publiée par le ministère de l'Environnement de l'Ontario a démontré l'amélioration de la qualité de l'eau suite à l'interdiction de l'utilisation des pesticides à des fins esthétiques sur l'ensemble du territoire ontarien. Les concentrations de plusieurs herbicides et insecticides utilisés régulièrement ont été réduites de façon significative depuis l'adoption du projet de loi en 2008. Dans certains ruisseaux, le niveau de pesticides a été réduit jusqu'à 97 % après l'interdiction.

Une autre étude menée en 2004 à New York a étudié le lien entre le poids à la naissance et l'exposition aux insecticides. (Il est important de souligner qu'un poids trop petit à la naissance expose à un plus grand risque de problème de santé durant l'enfance ainsi que plus tard, au cours de la vie). C'est en 2001 que la ville de New York a interdit l'usage des insecticides. Les taux de pesticides mesurés dans le sang du cordon ombilical des enfants nés avant l'interdiction étaient plus élevés et les poids à la naissance étaient généralement plus bas que ceux des enfants nés après l'entrée en vigueur de l'interdiction. Voilà donc une autre bonne indication que l'interdiction des pesticides contribue de façon mesurable à l'amélioration du niveau de santé chez les enfants.

Je suis ravie qu'autant de municipalités et provinces reconnaissent les problèmes de santé associés aux pesticides et interdissent leur usage sur les pelouses et dans les jardins. J'ai hâte de pouvoir dire un jour que l'usage des pesticides à des fins esthétiques est interdit sur l'ensemble du territoire canadien.

Vert Santé : Que pouvez-vous suggérer à ceux et celles voulant réduire leur exposition aux pesticides?

Dre Vakil : Les gens doivent premièrement réduire, voire éliminer, leur usage de pesticides non essentiels dans leur résidence et dans leur jardin. Si vous confiez l'entretien de votre pelouse à une entreprise, assurez-vous que les méthodes employées pour le désherbage et le contrôle des insectes et des animaux nuisibles sont naturelles et biologiques. Et quand il est possible, il est toujours mieux de choisir les aliments biologiques locaux.

Il est aussi important d'exercer ses droits de citoyen et d'appuyer toute loi — autant municipale que provinciale — interdisant l'usage de pesticides à des fins esthétiques. Si votre province n'a pas déjà interdit l'usage de pesticides à des fins esthétiques, appelez ou écrivez votre député afin d'appuyer la mise en oeuvre d'une interdiction et pour souligner son importance pour votre santé et pour la santé de vos enfants. Si vous demeurez en Colombie-Britannique, un projet de loi est actuellement à l'étude. Appuyer le projet de loi interdisant l'usage de pesticides en milieu résidentiel en visitant le lien suivant (URL)

Références :

  1. Vinson F et coll. "Exposure to pesticides and risk of childhood cancer: a meta-analysis of recent epidemiological studies." Occup Environ Med. 68(9):694-702. 2011 Sep; Epub 2011 mai 23.
  2. Bailey HD et coll. "Exposure to professional pest control treatments and the risk of childhood acute lymphoblastic leukemia." Int J Cancer 129(7):1678-88. 2011 Oct 1; Epub 2011 fév 11.
  3. Engel SM et coll. "Prenatal organophosphate metabolite and organochlorine levels and performance on the brazelton neonatal behavioral assessment scale in a multiethnic pregnancy cohort." Am J Epidemiol 165(12):1397-1404. 2007..
  4. Engel SM et coll. "Prenatal exposure to organophosphates, paraoxonase 1, and cognitive development in childhood." Environ Health Perspect 119:1182-1188. 2011.
  5. Whyatt R. et coll. "Prenatal Insecticide Exposure and Birth Weight and Length among an Urban Minority Cohort" Environ Health Perspect 112(10): 1125-1132. Juillet 2004.
13 décembre 2011

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