Gérer les émotions liées aux changements climatiques: une affaire de famille | Vert santé | Fondation David Suzuki
Photo: Gérer les émotions liées aux changements climatiques: une affaire de famille

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Michael Ocana est un pédopsychiatre de Kelowna, Colombie-Britannique, qui porte un intérêt particulier aux problèmes climatiques. Docs Talk a demandé à M. Ocana de partager ses idées sur les façons de prendre soin de notre santé mentale face aux défis environnementaux et de mieux soutenir nos enfants tout au long de leur développement dans un monde en changement.

Vert Santé: Quelles sont les émotions liées à notre réaction face à la crise climatique?

Dr Ocana : Premièrement, j'ai constaté qu'il nous est très difficile de prendre conscience des modifications que les changements climatiques apporteront. Pas facile d'imaginer que le monde qu'habiteront nos enfants et petits-enfants puisse être profondément différent de celui que nous connaissons aujourd'hui. Lorsque nous parvenons à nous l'imaginer, il est possible que nous éprouvions des émotions telles que la tristesse, la colère, la frustration, l'angoisse et la culpabilité. Gérer toute cette gamme d'émotions n'est pas une mince affaire. Notre culture n'est pas sans comporter une certaine pression sociale qui veut que nous « pensions de manière positive » et « faisions preuve de courage » face à l'adversité. Il est également possible que nous ayons à faire face à la résistance des autres dans nos débats intérieurs avec cette nouvelle prise de conscience. Dans nos sociétés modernes, il est rare que nous ayons accès à un réseau social qui puisse nous aider à accepter et faire face à ce type d'émotion. Le pouvoir d'un individu à influencer le cours des choses semble être très limité. Il est très facile de renoncer en croyant que toute action que nous pouvons entreprendre serait de toute façon dénuée de sens. Pourtant, nous avons bel et bien le pouvoir d'influencer les choses, aussi limité que puisse être ce pouvoir. Nous ne pouvons pas nous oublier complètement nos responsabilités collectives. Ceci représente un contexte susceptible de provoquer des sentiments de culpabilité, de même que des dissonances cognitives. On peut même se sentir comme s'il fallait choisir entre le déni, la chute dans l'angoisse et la paranoïa. La ligne qui sépare ces deux extrêmes peut parfois être très fine.

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Vert Santé: Ceci étant dit, quels sont les éléments qui doivent être pris en considération par les parents qui désirent aborder la crise climatique avec leurs enfants?

Dr Ocana : Nos enfants sont de rigoureux observateurs du monde qu'ils habitent. Leurs questions peuvent parfois nous rendre inconfortables. Jusqu'à quel point devrions-nous les informer? Se sentiront-ils dépassés par la réalité et deviendront-ils anxieux? La vraie question que nous nous posons est la suivante : « Nous sentirons-nous dépassés par la réalité et deviendrons-nous anxieux en répondant à leurs questions? » Nos enfants sont une extension de nous-mêmes. Nos dilemmes deviennent les leurs. Par conséquent, comme dans de nombreuses autres dimensions du rôle de parent, notre défi consiste à trouver des façons de bien gérer nos pensées et émotions en tant que parent afin que nos enfants puissent bien les gérer à leur tour. Lorsque nos enfants découvrent des informations sur la crise climatique au cours de leur développement et que la situation est appropriée, nous pouvons leur répondre et trouver des manières douces, mais significatives de leur faire comprendre que nous faisons face à plusieurs défis environnementaux. Le simple fait de mettre des mots sur les émotions qui peuvent surgir, ou encore de démontrer que nous aussi nous éprouvons des sentiments similaires sans en être submergés, peut beaucoup aider.

Vert Santé: Comment faire pour accepter des informations qui changent notre perception des changements climatiques sans s'effondrer émotionnellement?

Dr Ocana : Nous devons d'abord reconnaître que ces informations déclencheront des émotions désagréables. Le premier pas vers la gestion positive de ces émotions est de nous autoriser nous-mêmes à les ressentir. Ces sentiments sont des réactions face à des informations que nous n'avions pas encore digérées jusque-là. Nous nous inquiétons de ce qui va se passer dans le futur parce qu'il est normal d'en être inquiet. Nous nous sentons tristes en pensant à tous les dégâts qui ont été faits à l'environnement. Nous nous sommes en colère et frustrés que les autres n'aient pas agi pour prévenir tout ceci, et nous nous sentons honteux et coupables d'avoir contribué au problème, ne serait-ce qu'un peu. Aucun de ces sentiments n'est « mauvais » en soi, mais ceux-ci n'en sont pas moins désagréables.

La seconde chose que nous pouvons faire est de trouver un groupe de personnes qui acceptent ces émotions et qui pourront nous soutenir dans cette démarche. Il peut être très stressant de vivre dans l'isolement lorsque nous éprouvons des sentiments désagréables. Les associations communautaires ou les groupes de discussion peuvent être d'excellents points de départ. L'Internet peut parfois faciliter les choses, bien que les groupes de rencontre face-à-face offrent davantage l'occasion d'interagir avec d'autres personnes. Les communautés religieuses peuvent également être d'un grand soutien. Certes, les proches et amis, lorsque ceux-ci partagent les mêmes idées, peuvent être des partenaires idéaux pour recueillir davantage d'information sur le sujet, mais ils peuvent parfois aussi montrer de la résistance.

Vert Santé: Quels conseils auriez-vous sur la façon d'aborder le besoin urgent d'agir pour contrer les changements climatiques?

Dr Ocana : Je suggère de prendre le temps d'identifier les valeurs qui entrent en jeu dans notre réaction émotionnelle face aux changements climatiques et de prendre des initiatives qui sont en accord avec ces valeurs. Il ne s'agit pas de devoir changer le monde à nous seuls. L'idée fondamentale est d'entreprendre des activités, ou peut-être même des sacrifices, qui représentent nos valeurs. Ce faisant, nous donnons l'exemple aux autres et pouvons trouver un sentiment d'appartenance à une communauté auprès de ceux et celles qui sont animés des mêmes préoccupations. Les parents peuvent également amener les enfants à identifier des initiatives à l'échelle de leur « petit monde » qui leur permettront de contribuer à leur façon à la solution. Ce qui est encore plus important, c'est que ces initiatives raffermiront leurs valeurs et vont les inciter à prendre des actions concrètes. Les enfants peuvent tirer une grande fierté de telles activités lorsqu'ils sont invités à prendre part au processus visant à identifier quels gestes sont les plus significatifs.

6 janvier 2012

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2 commentaires

04 avril, 2012
11:10 PM

Répondre

passionnant, et tellement juste. Bravo !

27 mars, 2012
9:03 AM

Répondre

Merci beaucoup pour ce texte !

Il m'aide à affronter mes bouleversements émotifs de père et de fils !

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