Ce que la santé d'un fleuve veut dire pour la nôtre : Questions et réponses sur le fleuve Saint-Laurent | Vert santé | Fondation David Suzuki
Photo: Ce que la santé d'un fleuve veut dire pour la nôtre : Questions et réponses sur le fleuve Saint-Laurent

(Credit: pylacroix via Flickr)

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Lise Parent est professeure à la Télé-université (TÉLUQ). Ses recherches portent principalement sur la santé environnementale, plus particulièrement sur l'écotoxicologie des métaux lourds dans le milieu aquatique et les perturbateurs endocriniens dans l'environnement quotidien. Elle s'implique également dans le Réseau des femmes en environnement (RQFE), est membre du Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l'environnement (CINBIOSE) ainsi que du Centre interinstitutionnel de recherche en écotoxicologie (CIRÉ ). Vert Santé a demandé à Madame Parent de nous faire part de ses opinions sur la santé du fleuve Saint-Laurent en relation avec notre propre santé.

Vert Santé : Comment l'état du fleuve Saint-Laurent influence-t-il la santé des gens qui habitent à proximité de celui-ci?

Lise Parent : Le Saint-Laurent est un écosystème complexe d'eau douce et d'eau salée, prenant sa source dans les Grands Lacs. La qualité de son eau dépend d'une multitude d'usages, des affluents qui s'y déversent, des divers milieux qu'il traverse, des modifications hydrographiques et climatiques qu'il subit, ainsi que des multiples usages que l'on en fait. Malgré cette grande complexité, on peut identifier trois moyens par lesquels le Saint-Laurent peut avoir une incidence sur la santé : l'eau potable puisée et traitée dans le fleuve, la consommation de poissons, de mollusques et autres organismes, et les activités récréatives associées à l'eau telles que la baignade, la navigation, la chasse, la pêche, etc.

Ainsi, il peut arriver que certains agents pathogènes (virus, bactéries et protozoaires) soient toujours présents dans l'eau potable dû à un traitement sous-optimal. Par ailleurs, plusieurs contaminants sont persistants et bio-cumulatifs. On les retrouve donc dans les organismes aquatiques (poissons, mollusques) ou dans leurs prédateurs (poissons carnivores, oiseaux, mammifères) et ainsi de suite tout au long de la chaîne alimentaire jusqu'aux humains.

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Vert Santé : Quelles sont les principales sources de contamination dans le fleuve St-Laurent?

Lise Parent : Les principales sources de pollution dans le fleuve sont, paradoxalement, les usines de traitement des eaux municipales. Il y a aussi les effluents industriels, les retombées des rejets atmosphériques, les effluents urbains qui contiennent des composés chimiques complexes et les rejets agricoles qui contribuent non seulement à la contamination de l'eau, mais aussi à l'érosion des terres et, conséquemment, à l'eutrophisation (surcharge en nutriments) du fleuve. À ceci s'ajoutent les impacts cumulatifs d'autres pressions, dont l'envahissement par des espèces non indigènes.

On parle ainsi de polluants conventionnels, tels les matières en suspension, la demande biologique en oxygène et le phosphore qui contribuent, entre autres, à l'eutrophisation et la présence de biotoxines, mais aussi des polluants dits toxiques tels les pesticides et leurs résidus, les métaux lourds, les nonylphénols, les polychlorobiphényles, PBDE, etc.

Vert Santé : De quelle façon ces contaminants peuvent-ils avoir un impact sur notre santé?

Lise Parent : Il est certain que dans la plupart des cas, il ne s'agit pas d'exposition aigüe et que s'il y avait des effets, on ne pourrait pas les observer rapidement. Le type de contamination chimique à laquelle nous sommes exposés peut avoir des effets qui ne seront observables qu'à long terme. Quant aux effets des contaminants que l'on retrouve dans l'eau ou qui sont bio-cumulatifs dans la chair des poissons et des mollusques, on peut soupçonner différents types d'effets sur la santé, pareils à ceux qu'on attribue à certains polluants émergents comme les perturbateurs endocriniens. Il s'agit des maladies chroniques telles l'hyperthyroïdie, le diabète de type 2, l'hyperactivité, des problèmes de fertilité, etc. Même si on ne peut pas les attribuer directement à une exposition aux eaux du fleuve, parmi les effets possibles de l'exposition à ces substances toxiques notons les effets sur le système immunitaire qui mènent à l'augmentation de l'incidence d'infections, certaines allergies, des effets sur le système nerveux qui entraînent des retards neurologiques et développementaux ainsi que le développement de cancers.

Vert Santé : Est-ce que la situation est semblable à d'autres réseaux fluviaux au Canada?

Lise Parent : Au niveau des sources de contamination, c'est à peu près la même chose qu'on retrouve dans d'autres réseaux fluviaux au Canada. Par contre, le Saint-Laurent se distingue puisqu'il reçoit la plus grande quantité d'effluents municipaux en Amérique du Nord.

Vert Santé : D'après vous, quels sont les principaux défis qu'il faudrait relever afin de réaliser une politique de santé environnementale efficace dans le cas du fleuve St-Laurent?

Lise Parent : Il faudrait contrôler l'apport de ces substances à la source ainsi que là où elles sont rejetées et appliquer le principe de précaution en tout temps lorsqu'on a des indices de toxicité de ces substances.

Il faudrait aussi contrôler les débordements d'égouts et les traiter convenablement pour éviter le rejet de substances toxiques dans le fleuve, et améliorer le traitement des eaux usées agricoles et celles des municipalités afin de diminuer les apports de pesticides et de fertilisants dans les rivières et les cours d'eau.

Vert Santé : Si vous pouviez rédiger une « ordonnance » pour le fleuve St-Laurent, quelle serait-elle?

Lise Parent : Il faut poursuivre les activités du Plan Saint-Laurent pour mieux connaître les polluants dont la composition évolue, évaluer l'exposition des usagers et déterminer les effets sur la santé de concert avec les autorités environnementales et de santé publique ainsi que la société civile. Tel que discuté à la question précédente, il faut tenter d'agir avant que les problèmes surviennent. Procéder à la désinfection des eaux usées des stations d'épuration et mieux gérer les débordements des réseaux d'égouts par temps de pluie abondante permettraient de limiter la dégradation de la qualité bactériologique de l'eau et limiter les apports importants de nutriments et de métaux dans le fleuve.

Vert Santé : En tant qu'individus, est-ce qu'il y a des démarches que nous pouvons entreprendre pour protéger la santé de nos fleuves tels que le Saint-Laurent?

Lise Parent : Nous devrions à la fois diminuer et maximiser l'utilisation de l'eau potable, autant d'un point de vue quantitatif que qualitatif. Il faut toujours être à l'affut de notre consommation et de ce que nous rejetons à l'égout, sachant que ces rejets auront des effets sur la faune et la flore. C'est pourquoi il est important d'accorder une attention particulière au contenu en substances chimiques des produits que nous utilisons et d'essayer de minimiser nos usages de produits nocifs pour l'environnement en faisant de bons choix de consommation. L'éducation du public en ce sens est primordiale et il est encourageant de voir une évolution dans cette direction.

Enfin, je crois que la meilleure chose que nous devons faire, c'est de demander des comptes à notre gouvernement pour garantir un accès sécuritaire et agréable à cette très grande richesse qu'est le fleuve Saint-Laurent.

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5 juin 2012

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