Vers les pharmacies vertes | Vert santé | Fondation David Suzuki
Photo: Vers les pharmacies vertes

(Credit: sean dreilinger via Flickr)

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Marc-André Mailhot est un pharmacien basé à Montréal et créateur l'entreprise Maillon Vert. Passionné de l'environnement, il a élaboré un programme de «pharmacies vertes» — actuellement dans la phase pilote — afin d'aider les pharmacies à réduire leur empreinte écologique tout en prenant soin de la santé de leur clientèle. M. Mailhot est également en train de développer un «Guide de la pharmacie durable», en partenariat avec la SODER, un organisme environnemental sans but lucratif basé à Montréal. Vert Santé lui a demandé de nous parler de ses initiatives et de partager son point de vue comme pharmacien sur les liens entre la santé et l'environnement.

Vert Santé — D'après vous, en tant que pharmacien, quel est le lien entre votre métier et l'environnement?

M. Mailhot — Les pharmaciens ont comme mission de veiller à la bonne santé de la population. En fait, le code de déontologie des pharmaciens du Québec stipule que «le pharmacien a le devoir primordial de protéger et de promouvoir la santé et le bien-être de ses patients». Or, l'Organisation mondiale de la Santé indique qu'au niveau mondial, environ 25 % des causes de maladies et de mortalités sont reliées à l'environnement. On le sait, la santé de la population est intimement reliée à la santé de la planète et les pharmacies devraient donc tout faire pour protéger celle-ci. Et je crois que pour les pharmacies, c'est par le développement durable que l'on peut le mieux améliorer notre impact. C'est donc une responsabilité collective qu'ont les pharmaciens de promouvoir une saine gestion de leurs opérations et de leurs services à la population, en lien avec le développement durable. De plus, les pharmaciens ont aussi un rôle à jouer dans la sensibilisation des patients sur leur impact dans l'environnement. Saviez-vous que chaque année, l'équivalent d'une tonne d'antibiotiques est rejetée dans le St-Laurent — ce fleuve qui nous nourrit — seulement par l'île de Montréal?

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Vert Santé — Qu'est-ce qu'une «pharmacie verte»?

M. Mailhot — J'utilise le terme «vert», car il est plus imagé, mais un terme plus approprié serait «durable». Le développement durable semble compliqué, mais en fait, ses bases sont très simples. C'est un développement qui respecte les enjeux sociaux, environnementaux et économiques, de manière à satisfaire les besoins des générations présentes sans brimer ceux des générations futures. On pense aussi aux 3 «P» : personnes, planète, profits. Pour une pharmacie, on révise par exemple ses activités professionnelles, ses impacts dans sa communauté, son impact écologique. On peut donc modifier les services qu'elle offre, revoir son utilisation de fournitures, d'énergie, les produits qu'elle vend, etc. Mais on doit également s'attarder à sa performance sociale, les conditions de travail qu'elles offrent aux employés, son implication dans sa communauté. Tout cela peut se traduire par des actions simples (installer des supports à vélo), ou plus complexes (s'engager à réduire ses émissions de gaz à effet de serre). Selon moi, une pharmacie plus durable est nécessairement plus performante, tant pour elle-même que pour sa clientèle.

Vert Santé — Qu'est-ce qui vous a poussé à développer le programme de «pharmacies vertes»?

M. Mailhot — Depuis le début de ma pratique, j'ai travaillé dans plus de 150 pharmacies partout à travers le Québec. Je me suis rendu compte que très peu de pharmacies font preuve de leadership écologique. Les caméras du développement durable ne se sont jamais tournées vers les pharmacies de quartier. Heureusement, car l'image projetée serait actuellement peu reluisante... Difficile de clamer avoir à cœur la santé de la population lorsque nous ne recyclons rien d'autre que notre carton, donnons systématiquement des sacs de plastique aux clients et ne démontrons pas de leadership «vert». Et ce n'est que la pointe de ce qui fera fondre l'iceberg! Bref, je trouvais décevant que les pharmacies ne soient pas plus conscientisées. Les pharmacies ont une excellente réputation, possèdent la confiance de la population et je crois qu'elles devraient afficher des pratiques phares en développement durable afin d'être des commerces «modèles».

Vert Santé — Comment proposez-vous d'aider les pharmacies à améliorer leur performance environnementale?

M. Mailhot — Bien déployé, un programme de développement durable permet à l'entreprise d'augmenter sa rentabilité, en plus de contribuer au bien-être de la planète et de sa population. Comme dans toute démarche en développement durable, on commence par faire un diagnostic de la pharmacie, pour savoir où on en est. Par la suite, on pourra établir nos objectifs, là où on veut se rendre. Il reste à déterminer le «comment» et c'est peut-être à cette étape que les pharmacies manquent le plus d'expertise. On fait le tour des idées d'initiatives durables pour la pharmacie, puis on analyse leur faisabilité, leur rentabilité et leur impact au niveau social et environnemental. Lorsque l'on détient ces informations, il devient facile de prioriser les actions à prendre, puis de les planifier. Tout au long de la démarche, il est extrêmement important de faire participer non seulement les propriétaires, mais également les employés. Cela permet qu'ils s'approprient le projet et soient motivés à se mobiliser lorsque vient le temps d'implanter les initiatives. C'est à travers toutes ces étapes que j'interviens, avec l'appui de mon expertise, mon expérience et mon réseau de partenaires. Il est important de respecter le rythme de la pharmacie, une étape à la fois, chaque chose en son temps. J'accompagne donc la pharmacie du début à la fin.

Vert Santé — Quels résultats espérez-vous obtenir?

M. Mailhot — Certaines pharmacies sont déjà avant-gardistes dans certains volets. Je pense par exemple à la pharmacie Boivin, Bourget et Tremblay, à St-Jean-sur-Richelieu, qui a effectué un inventaire de ses gaz à effet de serre. Mais ce sont des exceptions et on peut aller tellement plus loin, dans toutes les pharmacies! Ultimement, mon objectif est que les pharmacies répondent mieux à leur mission, en améliorant leur empreinte sur l'environnement et sur la société, tout en améliorant leur pérennité. J'espère aussi redonner une saveur plus «professionnelle et engagée» à la pharmacie, moins «mercantile». Un virage vers une pharmacie plus éco-responsable permettra autant de rehausser l'image de la pharmacie, que de mitiger le risque qu'elle ne pâlisse par son manque de leadership. Professionnelles et vertes, centrées sur la santé de sa population et de sa planète, et rayonnantes dans leur communauté, voilà ma vision pour les pharmacies de demain.

11 juillet 2012

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4 commentaires

06 août, 2012
3:43 PM

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@Marie-Claude Tout à fait d'accord avec tes propos, et ils sont abordés dans mon projet! En fait, les pharmaciens ont comme rôle "l'usage approprié des médicaments". C'est donc dans notre devoir professionnel de s'assurer que les règles de la "prévention" concernant la santé de nos patients soient appliquées. Je m'efforce donc (et la grande majorité de mes collègues aussi!) à donner des conseils concernant l'alimentation, les habitudes de vie, l'utilisation appropriée des médicaments, dont les produits naturels. Comme tu le mentionnes, cela est la base, et tous les pharmaciens devraient remplir ce rôle. Notre pratique est constituée de plusieurs aspects: la pratique clinique professionnelle, et la pratique commerciale. C'est aux pharmaciens et à l'Ordre des pharmaciens du Québec de veiller à la bonne pratique professionnelle. Je m'efforce d'améliorer également notre impact dans l'aspect "non-professionnel" de notre pratique. Je crois qu'en réunissant ces aspects, nous nous dirigerons vers une pratique réellement "durable", et vers le réel rôle du pharmacien.

30 juillet, 2012
2:18 PM

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Je suis déçu de constater que les intentions s'arrêtent à "l'entourage" de la pilule. Alors que le problème de base se situe au "coeur", soit la façon de "soigner" les gens. Pour moi pharmacie verte ferait allusion davantage au fait d'aider les gens à diminuer la consommation de médicaments, ce qui est, à mon humble avis, le problème majeur de notre société… Se soigner avec le vert, les plantes, améliorer l'alimentation (fruits et légumes sains particulièrement). Dans ce cadre particulier qu'est la pharmacie, "veiller à la bonne santé de la population" ne se résume pas à dorer la cage ! Cela reste secondaire. On évite d'aborder l'essentiel. Il faut voir plus profondément…. je crois.

11 juillet, 2012
4:02 PM

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@nathalielemaire Selon moi, une pharmacie “verte” doit s’être donné la peine d’aller plus loin que la base (recyclage, fluocompactes, quelques dons ici et là, réutilisation du papier…). Elle doit plutôt s’être doté d’un plan, ou d’un programme qui englobe toutes ses opérations. Cela ne veut pas dire que TOUT ce qu’elle fait soit “vert”, mais qu’une réflexion est présente. À ma connaissance, il n’y a qu’une poignée de pharmacie que l’on pourrait qualifier d’un peu plus “verte” au Québec, et je n’en connais pas à Sherbrooke. Cela dit, je serai ravi d’en découvrir, et je travaille à changer le topo!

11 juillet, 2012
10:19 AM

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A-t-on une pharmacie verte à Sherbrooke ? Merci

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