Les enfants en santé ont besoin d'un environnement sain | Vert santé | Fondation David Suzuki
Photo: Les enfants en santé ont besoin d'un environnement sain

Bruce Lanphear

Par Selectionnez-un...

Bruce Lanphear, docteur en médecine, maîtrise en hygiène publique, est un scientifique clinique à l'Institut de Recherche sur les Enfants et la Famille, l'Hôpital d'Enfants en Colombie-Britannique et professeur au département des sciences de santé à l'université Simon Fraser. Son objectif primaire de recherche est de quantifier et d'ultimement prévenir des maladies et des handicaps tels que l'asthme, des troubles d'apprentissage et le trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention ou THADA causés par l'exposition à des contaminants environnementaux comme le plomb, le tabac et les pesticides. Il est en train de bâtir un atlas de santé environnementale afin d'accroître la compréhension publique sur les impacts des influences environnementales sur la santé humaine.

Vert Santé : Comment est-ce que l'environnement peut avoir des conséquences sur la santé de nos enfants?

Dr Lanphear : De multiples façons. S'il y a exposition à des toxines à des stages de développement clé, ceci peut se manifester par le biais d'avortements spontanés, un retard de croissance, des cancers, des accouchements prématurés, de l'asthme et des troubles de comportement.

Vert Santé : Et comment ces impacts diffèrent-ils de ceux observés pour les adultes?

Inscrivez-vous à notre bulletin

Dr Lanphear : Premièrement, les tissues de nos enfants se développent rapidement, et des tissues en pleine croissance sont plus vulnérables aux toxines. Deuxièmement, nos enfants mangent plus d'aliments, boivent plus de liquides et inhalent plus d'air que les adultes, kilo par kilo. Par le fait même que nos aliments, nos boissons et notre air sont souvent contaminés, les enfants se voient exposés à davantage de toxines. Les bébés se mettent souvent les mains ou leurs jouets dans la bouche ce qui résulte en des concentrations plus élevées de plomb, de cotinine (produit de décomposition de la nicotine) et de pesticides dans leur sang et urine que celles retrouvées dans le sang d'adultes non-fumeurs.

Les jeunes enfants ne disposent pas de certains enzymes aidant à détoxiquer certaines substances chimiques. De plus, ils sont plus susceptibles à contracter certaines maladies qui prennent de 20 à 30 ans à se développer simplement par le fait qu'ils vivront plus longtemps que les adultes.

Vert Santé : Quels types d'exposition vous semblent les plus critiques?

Dr Lanphear : Je n'aime pas vraiment opposer un type d'exposition à un autre, mais les toxines dans les produits de consommation sont particulièrement inquiétantes parce qu'il est très difficile de retracer les maladies ou troubles à ces expositions sauf en effectuant des études vastes et coûteuses.

Il est également difficile à prouver la nocivité d'un contaminant étant donné que les études doivent être faites plusieurs fois avant que les agences gouvernementales les jugent définitives. Et même si c'est important de répliquer des études, ceci met en péril notre capacité de protéger nos enfants de toxines environnementales, et ce, par des décennies.

Vert Santé : La protection de la santé de nos enfants semble tellement évidente. Quels sont les obstacles quant à la réduction à l'exposition à de tels contaminants?

Dr Lanphear : Nous dépensons généralement considérablement plus de fonds pour les services médicaux et la recherche pour adultes. À première vue, ceci semble raisonnable parce que la mort et les maladies sont répandues chez l'adulte. Mais les maladies ont souvent leur racine dans notre enfance. Leur prévention comprendra des investissements à long terme afin de réduire l'exposition à des risques pour la santé comme les produits de consommation non sécuritaires, et ce, de la prime d'enfance.

Certaines critiques évoquent qu'un investissement dans la prévention ne serait pas rentable. Pourtant, l'impact de toxines environnementales sur la santé de nos enfants, incluant des troubles d'apprentissage, de l'asthme, de l'obésité et des troubles de comportement, coûte 50 milliards de dollars annuellement aux États-Unis seulement. Pour chaque dollar investi dans la protection de nos enfants des risques à l'exposition au plomb, la société en tirerait des bénéfices de l'ordre de 17 $ à 220 $, un ratio de rentabilité plus favorable que celui pour les vaccins dans les pays en voie de développement.

Vert Santé : Est-ce que vous pouvez souligner quelques histoires de succès quant à la promotion d'un environnement sain pour nos enfants?

Dr. Lanphear: Oui, il y en a plusieurs et en fait, il s'agit d'interventions à une grande échelle au niveau de la population entière plutôt que des changements au style de vie. Premièrement, nous avons réduit de façon dramatique les cas d'empoisonnement infantile au plomb au cours des dernières décennies. Dans les années soixante, des centaines d'enfants sont morts chaque année dans les grandes villes nord-américaines. Dans la dernière décennie, seulement un cas de mortalité est connu. Les concentrations de plomb dans le sang des enfants ont chuté de plus de 90 pour cent.

Deuxièmement, l'interdiction de fumer dans des lieux publics a diminué les cas d'asthme infantile, des bébés nés à un poids très faible ainsi que les accouchements prématurés. Ces réductions étaient plus importantes que prévu et démontrent l'impact substantiel de faibles doses de toxines sur maladies et handicaps.

Dernièrement, l'utilisation de sièges de sécurité dans les voitures, les sceaux de sécurité sur les médicaments, les alarmes d'incendie et d'autres systèmes de sécurité ont dramatiquement réduit les cas de décès infantiles pendant les trois dernières décennies.

Vert Santé : Que peuvent les parents et les aidants faire pour protéger les enfants d'une exposition inutile aux toxines?

Dr Lanphear : À court terme, les familles devraient essayer de consommer des aliments frais, non traités et biologiques. Les parents devraient s'abstenir de fumer dans leurs ménages et s'ils planifiaient de rénover, ils devraient s'assurer de ne pas exposer leurs enfants à des substances au plomb, amiante ou autres substances dangereuses. Ils devraient également éviter les désodorisants, les plastiques et les nettoyants chimiques dans leur maison.

Cependant, la seule vraie solution est de changer notre cadre réglementaire et exiger les industries de prouver que leurs produits ne sont pas toxiques.

13 août 2012

Ajoutez un commentaire


La Fondation David Suzuki n'endosse pas nécessairement les commentaires affichés par le public sur son site Web. La Fondation se réserve le droit de refuser la publication de commentaires qui pourraient être perçus comme offensant ou qui vont à l'encontre des principes directeurs qui régissent les organismes de bienfaisance. Veuillez noter que tous les commentaires sont relus avant d'être publiés.