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Photo: Protection des habitats

Peu importe que vous soyez un poisson ou du lichen, un insecte ou une limace, un oiseau ou un humain, tout le monde a besoin d'une « maison » confortable. Pour plusieurs espèces cependant, un habitat adéquat est difficile à trouver — ou à conserver — dans le contexte du développement urbain ou industriel et sous les pressions de l'extraction des ressources naturelles. La perte et la dégradation des habitats sont les principales causes du déclin de 84 % des espèces menacées au Canada.

Dès qu'une espèce est considérée menacée, la Loi sur les espèces en péril (LEP) stipule que l'environnement le plus favorable à sa survie et à son recouvrement (c'est-à-dire son habitat essentiel) doit automatiquement être identifié dans une Stratégie de rétablissement. Pour la plupart de ces espèces, le rétablissement n'est envisageable que si leur habitat essentiel est identifié, protégé, maintenu et/ou restauré. Pourtant, la majorité des Stratégies de rétablissement actuelles n'identifient et ne cartographient pas les habitats essentiels, tel qu'exigé par la section 41 de la Loi.

Pour que la Loi sur les espèces en péril remplisse ses fonctions, les décideurs doivent en respecter les règlements! Il en va du patrimoine naturel canadien.

La Fondation David Suzuki s'est portée à la défense de plusieurs espèces en péril en posant au gouvernement le défi de mettre en œuvre les meilleures ressources disponibles pour en identifier les habitats essentiels.

À ce jour, nous sommes intervenu en faveur, du caribou des bois, du pluvier siffleur, du naseux de Nooksack, de la baleine noire, du papillon monarque et de la chouette tachetée, entre autres. Nos efforts sont souvent couronnés de succès, mais nous continuons à surveiller de près les Stratégies de rétablissement et leur capacité à identifier adéquatement les habitats essentiels, et ensuite suivre les efforts du gouvernement pour la protection de ces habitats.

Le naseux de Nooksack

Le naseux de Nooksack est un petit poisson en voie de disparition qui peuple quatre ruisseaux seulement de la vallée Fraser en Colombie-Britannique.

Des cartes situant son habitat essentiel étaient inclues dans les ébauches de Stratégies de rétablissement, mais ont été retirées de la version officielle de juillet 2007.

Dès le mois d'août 2007, la Fondation David Suzuki et trois autres organismes environnementaux ont critiqué la décision ministérielle de passer outre l'identification de l'habitat essentiel du naseux. Suite à des procédures légales, le ministre a dû procéder à une refonte de la Stratégie de rétablissement en 2008, pour inclure l'habitat essentiel du naseux. Le gouvernement a par la suite essayé de faire renverser la décision, prétextant qu'elle n'avait pas raison d'être. Les organismes environnementaux ont répliqué que le refus d'identifier les habitats essentiels par le ministère n'est pas limité au naseux, faisant de ce cas un exemple. La Cour fédérale a refusé de rejeter la cause.

En septembre 2009, la Cour fédérale a même statué que le Ministère des Pêcheries et Océans du Canada a contrevenu à la loi en n'identifiant pas d'habitat essentiel pour le naseux de Nooksack dans sa première version officielle de la Stratégie de rétablissement. Cette décision n'a pas été portée en appel. Autrement dit, nous avons gagné!

Lire la Stratégie de rétablissement révisée sur le naseux de Nooksack.

Le pluvier siffleur

Le pluvier siffleur est un petit oiseau de la taille d'un moineau, qu'on a identifié comme étant en voie de disparition plus de vingt ans passés. En octobre 2006, sa Stratégie de rétablissement a été lancée sans identification d'un habitat essentiel à protéger. Ce n'est pas par manque d'information, puisque le gouvernement avait en main un registre de toutes les locations de nidification du pluvier siffleur pour le Canada et les États-Unis; ces derniers ont même utilisé ces données pour protéger ces habitats en vertu de leurs propres lois.

Ses réactions à l'ébauche de la Stratégie de rétablissement étant ignorées, la Fondation David Suzuki s'est vue obligée, avec d'autres organismes environnementaux, de poursuivre le gouvernement en justice pour refus de mettre en œuvre la Loi sur les espèces en péril.

En juillet 2007, le gouvernement a émis un ajout à la Stratégie de rétablissement du pluvier siffleur, identifiant son habitat essentiel. Les groupes environnementaux ont conséquemment annulé leur recours aux tribunaux.

Le papillon monarque

Comme pour plusieurs Canadiens, le papillon monarque occupe une place spéciale dans le cœur des employés de la Fondation David Suzuki chargés de la protection des espèces menacées.

En septembre 2007, la Fondation a exprimé son inquiétude par rapport au labourage le long de la rivière des Outaouais dans la capitale nationale. Cinq mois plus tard, la Commission de la capitale nationale nous a répondu, annonçant avoir modifié ses normes de tonte, pour laisser une plus grande étendue de terrain en friche le long de la rivière.

La baleine noire

La Fondation David Suzuki prend la défense des intérêts particuliers de plusieurs espèces menacées, s'assurant que les plus récentes avancées scientifiques soient mises en œuvre pour identifier l'habitat indispensable à leur survie et leur maintien. Au fil des années, la Fondation a fait de nombreuses propositions sur les ébauches de Stratégies de rétablissement. Souvent, nos commentaires sont ignorés et nous devons alors entreprendre des poursuites judiciaires pour assurer l'identification et la protection des habitats essentiels. Cependant, il arrive que nos suggestions soient réellement prises en considération; ce fut le cas pour la Stratégie de rétablissement de la baleine noire, dont la version finale a été amendée pour tenir en compte nos préoccupations.

Lire la Stratégie de rétablissement de la baleine noire.

La chouette tachetée

La chouette tachetée, dont on estime qu'il ne reste que neuf spécimens en Colombie-Britannique, est un exemple désolant de l'échec de la Loi sur les espèces en péril. Au Canada, la chouette tachetée du nord ne niche que dans les forêts anciennes du sud-ouest de la partie continentale de la Colombie-Britannique. L'exploitation forestière dans cet habitat essentiel est la principale raison du déclin de l'espèce.

En 2005, devant les échecs systématiques de la province à assurer la protection de l'habitat essentiel de la chouette tachetée, des groupes environnementaux — dont la Fondation David Suzuki — ont demandé au ministre de l'Environnement d'émettre une consigne d'urgence pour la protection de la chouette tachetée. Il s'agissait également d'éprouver le filet de sécurité de la Loi sur les espèces en péril, selon lequel le gouvernement fédéral peut intervenir directement si une province manque à ses responsabilités de protection d'une espèce menacée et de son habitat essentiel.

Malheureusement, le Ministre a refusé d'émettre une consigne d'urgence, statuant que la chouette tachetée n'était pas en situation d'extinction imminente. La Fondation David Suzuki et ses partenaires ont dû abandonner la bataille légale, puisqu'il est prévu que la mise en exécution du filet de sécurité de la Loi sur les espèces en péril est laissée à la discrétion du ministre de l'Environnement. Depuis, les scientifiques ont déclaré l'espèce disparue à l'état sauvage au Canada.

En 2009, dans le but de faire la promotion de la valeur écologique de l'habitat essentiel de la chouette tachetée, la Fondation a publié un rapport soulignant les conclusions principales d'une étude économique des forêts qu'elle habite. Cette étude, menée par Duncan Knowler, professeur-associé à l'école de ressources et gestion de l'environnement (Simon Fraser University), se penche sur les enjeux économiques entourant la protection des forêts anciennes qui ont déjà abrité la chouette tachetée.

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