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Photo: Comment les pétroliers et le forage mettent les eaux canadiennes en danger

Des navires transportant du pétrole traversent régulièrement la voie de navigation maritime du Saint-Laurent. (Crédit: .: sandman via Flickr)

La plupart des êtres vivants de notre planète vivent dans l'océan. Les trois océans bordant nos côtes abritent quelques-uns des réseaux de vie marine les plus abondants et les plus diversifiés au monde. Même si nous, les êtres humains vivons sur la terre ferme, nous avons besoin de l'océan pour survivre. La moitié de l'oxygène terrestre est produit par l'infime plancton qui vit dans l'océan. Mais la vie de nos océans risque d'être contaminée par des déversements d'hydrocarbures ou d'autres produits chimiques, les pétroliers naviguant sur nos eaux et des plateformes pétrolières opérant en pleine mer.

Un large volume de pétrole circule le long de la Côte Est.

En ce qui concerne le littoral canadien, la menace la plus grave pèsent sur la côte Est, où les pétroliers qui y circulent quotidiennement se disputent l'espace avec des milliers de bateaux de pêche, traversiers et remorqueurs.

Le volume de pétrole transporté sur ces eaux est stupéfiant. En 2006, plus de 1000 navires ont transporté environ 50 milliards de litres de pétrole brut et/ou de gaz raffiné depuis et vers la baie Placentia, à Terre-Neuve (soit plus de 322 millions de barils).

Ce à quoi il faut ajouter les 12 à 14 milliards de litres (80 millions de barils) transportés par des navires qui ont sillonné nos eaux à destination d'autres ports et destinations sur la voie maritime du St-Laurent.

Au moins trois plateformes pétrolières et gazières sont exploitées au large de la côte de Terre-Neuve (Hibernia, Terra Nova et White Rose), et une autre en Nouvelle-Ecosse (Sable). D'autres forages et explorations sont actuellement en cours.

En quoi les lois canadiennes nous protègent-elles contre les risques de marée noire ?

Le Québec a décrété un moratoire sur le forage pétrolier et gazier dans l'estuaire et le Golfe du St-Laurent. Mais pas le Terre-Neuve. Un déversement dans le Golfe aurait un effet dévastateur sur toutes les provinces de l'Atlantique. Nous ne pouvons pas nous permettre un tel risque : il est impératif que les gouvernements provinciaux et fédéral agissent maintenant.

La Colombie-Britannique observe un moratoire sur le forage et le trafic pétrolier dans ses eaux côtières. Le moratoire n'étant pas une loi ou un règlement ; il peut être levé à tout moment. Nous devons par conséquent exiger du gouvernement qu'il en fasse une loi, pour nous prémunir contre le risque d'un déversement dévastateur semblable à celui auquel nous assistons dans le golfe du Mexique.

Comment le forage pétrolier peut-il endommager les habitats marins?

L'exploration pétrolière et gazière causent inévitablement des dommages à l'environnement marin:

  • Les entreprises effectuent des études sismiques avant d'entreprendre un forage. Elles envoient des jets d'air comprimé ou des ondes sonores vers le fond de la mer, créant ainsi de forts bruits sous-marins pouvant perturber les voies migratoires et les habitudes alimentaires des baleines, phoques et autres mammifères marins. Ces ondes sonores peuvent également blesser les poissons ayant une vessie natatoire, détruire œufs et larves, et pousser les poissons et d'autres espèces marines à quitter pour un temps la zone exposée.
  • Les plateformes et le forage pétrolier de production répandent des polluants dans les eaux environnantes pratiquement tous les jours. Une seule plateforme de production peut rejeter jusqu'à 90 000 tonnes métriques de déchets toxiques dans l'océan au cours de sa durée de vie. Depuis 1997, l'Office Canada-Terre-Neuve et Labrador des hydrocarbures extracôtiers a enregistré 337 déversements pétroliers issus de trois plateformes en opération : environ 430 000 litres (ou 2700 barils) de liquides de forage synthétiques et d'autres hydrocarbures ont été déversés dans l'océan.
  • Seulement 15% du pétrole déversé peut être récupéré, et cela uniquement dans les meilleures conditions. Lorsque le vent souffle à plus de 20-25 noeuds (35 à 45 km/h), le nettoyage d'un déversement pétrolier ne donne aucun résultat. Si l'on se fonde sur la vitesse moyenne du vent dans un secteur tel que le bassin Reine-Charlotte sur la côte Ouest, cela signifie que le nettoyage serait pratiquement impossible en hiver. Même une faible quantité de pétrole et de boues de forage peut nuire à la vie marine dans un vaste secteur. Après un important déversement d'hydrocarbure, le littoral peut rester pollué pendant plusieurs décennies. Encore aujourd'hui, plus de 20 ans après que l'Exxon Valdez ait perdu son chargement toxique au large de l'Alaska, on retrouve du pétrole brut sur des plages, qui semblent par ailleurs, entièrement remises du drame.
  • La côte de la Colombie-Britannique est unique en cela que l'extraction pétrolière et gazière qu'on y propose se ferait près du rivage et non au large. Un déversement d'hydrocarbure aurait un effet dévastateur, puisque le vent et les courants marins entraîneraient à coup sûr les contaminants sur côte et vers les zones de grande importance économique et écologique.
  • La côte Est du Canada doit déjà gérer l'impact négatif du forage pétrolier en mer. Le manque de transparence et la minimisation des faits par l'industrie mettent déjà cette région à risque.

La solution ?

Le seul moyen d'éviter que les côtes canadiennes ne soient souillées par des hydrocarbures consiste à y empêcher la circulation des pétroliers ainsi que toute nouvelle exploration pétrolière et gazière au large de nos côtes. Quant aux plateformes existantes, nous devons faire en sorte qu'elles soient aussi sécuritaires que possible, et que la meilleure réponse technologique soit employée en cas de déversements.

La côte Ouest est connue comme les Galapagos du Nord. La côte Atlantique recelle plusieurs routes migratoires importantes pour les poissons et les baleines. Et nous ne faisons que commencer à explorer l'Arctique.
La poursuite du développement de l'industrie pétrolière et gazière extracôtière au Canada ne vaut pas le risque de perdre toute cette richesse et cette beauté.

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