Les éco-labels : un guide de survie | Médias
Photo: Les éco-labels : un guide de survie

Depuis l'apparition des sacs de coton chez les épiciers, on me demande souvent qu'est-ce que j'en pense. Ma réponse surprend toujours : c'est bien beau d'avoir des sacs réutilisables, bravo. Mais avez-vous pensé à ce que vous mettez dedans?

Parce que c'est vraiment là que se situe le problème. Bien que les marchands se soient pour la plupart donnés une bonne image, et les clients une bonne conscience, en adoptant massivement les sacs réutilisables, nous continuons d'acheter des produits qui sont loin d'être écologiques.

Comme l'arbre qui cache la forêt, les sacs réutilisables cachent notre consommation. Après le greenwashing, voici venue l'ère du greenbagging. On n'arrête pas le progrès.

Des exemples? Nos sacs d'épicerie regorgent d'huile de canola transgénique, de viande produite aux antibiotiques et aux hormones de croissance, de poissons menacés d'extinction, de café aux pesticides produit par un paysan qui gagne 1$ par mois, sans oublier les framboises importées en avion du Chili! On trouve aussi sur les tablettes des bouteilles de plastique qui contiennent des phtalates et qui rendent les mâles infertiles. Comme le dit David Suzuki : des bouteilles qui ruinent la vie sexuelle! Et le plus ironique dans tout ça : les produits que l'on met dans nos beaux sacs réutilisables sont sur-emballés!

Alors comment fait-on pour s'y retrouver? Qui connaît l'empreinte écologique d'une boîte de whippet ou d'un Shamwow? (Rassurez-vous, c'est tout à fait normal si vous ne savez pas ce que c'est...)

Que ce soit à l'épicerie ou ailleurs, il existe des certifications écologiques, ou éco-labels, qui nous permettent de différencier les produits pour faire ressortir les plus écologiques ou durables. On peut aujourd'hui acheter du café équitable certifié par l'éco-label de Transfair, des poissons certifiés par le guide Sea Choice, du papier certifié par la norme du Forest Stewardship Council (FSC), des appareils électroménagers certifiés par Énerguide. Un des programmes les plus ambitieux en Amérique du Nord est le programme Éco-Logo, parrainé par le Gouvernement du Canada, qui s'applique à toute une panoplie de produits. Des éco-labels existent même en Europe pour informer le client de l'empreinte climat d'un produit.

Un des problèmes réside dans la multiplication de ces éco-labels. Des entreprises préfèrent souvent créer leurs propres certifications que d'adhérer à celles, souvent plus fiables et crédibles, développées en accord avec l'industrie et les groupes écologistes.

Un autre problème est la difficulté de faire connaître ces logos aux consommateurs. Quand on pense aux millions de dollars investis dans la promotion de grandes marques nationales, on réalise combien difficile il est de percer pour un éco-label.

C'est là que les détaillants peuvent faire la différence : ils peuvent faire connaître et mettre en valeur ces éco-labels et commencer à offrir plus de produits écologiques. En décidant des produits qu'ils mettent sur les tablettes, et de ceux dont ils font la promotion, les détaillants nous conditionnent à acheter certains produits plutôt que d'autres. Ils ont d'ailleurs commencé à créer de petites sections «vertes » ou « biologiques ». C'est une très bonne chose, mais le temps est venu d'aller au-delà des petits pas.

Même chose pour les producteurs : ils doivent nous en dire plus. De la même manière que nous pouvons voir le contenu en gras, calories, sodium et autres des produits, j'aimerais bien voir dans l'avenir des étiquettes qui nous donnent leur empreinte écologique. C'est au gouvernement de rendre obligatoire ce genre d'étiquetage.

Les éco-labels sont notre boussole pour acheter vert. Plus les consommateurs seront informés et plus les labels seront visibles et simples, plus nos sacs d'épicerie se rempliront de produits durables.

22 septembre 2009