Lettres d'opinion

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Schémas d'aménagement des MRC et protection des milieux naturels de la CMM : Le gouvernement doit intervenir pour faire respecter les objectifs du PMAD

Le 20 janvier 2014 | Affiché dans | Laissez un commentaire

Lettre ouverte — Mouvement Ceinture Verte

Voilà presque deux ans jour pour jour que la Communauté Métropolitaine de Montréal (CMM) a adopté son tout premier Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) qui a fait suite à une consultation publique sans précédent. Dans le PMAD, la CMM s'est fixée comme objectifs de protéger 17% de son territoire, soit une augmentation de plus de 10%, et d'atteindre un couvert forestier de 30%, une hausse de plus de 400 km2 de zones boisées. La CMM y a aussi signifié sa volonté de créer une trame verte et bleue, une structure composée d'écosystèmes viables et interconnectés qui permettrait une gestion environnementale à plus large échelle.

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Le gouvernement fédéral, ou la science orwellienne

Le 15 janvier 2014 | Affiché dans

Par Jean-Patrick Toussaint, Ph.D., Chef des projets scientifiques, Fondation David Suzuki

Dans son livre culte, 1984, Orwell nous décrit un monde où la liberté d'expression n'est plus, et où la seule science vraie est celle du régime. «L'ignorance des uns fait la force des autres.»

La série noire scientifique se déroulant sous nos yeux depuis les dernières années au pays n'est pas sans rappeler un monde Orwellien. Or, avec sa croisade contre toute science faisant obstruction à ses idées, le gouvernement fédéral ajoute un tome à celle-ci: à bas les bibliothèques scientifiques de Pêches et Océans Canada et les ouvrages qu'elles contiennent!

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L'autre vérité qui dérange : Réduire la consommation de pétrole est rentable économiquement

Le 5 décembre 2013 | Affiché dans

Par Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki

Depuis plusieurs mois, la fièvre du pétrole s'est emparée de la classe économique et politique québécoise. À en croire certains, le salut économique du Québec passe par deux oléoducs et deux gisements potentiels de pétrole, celui d'Anticosti et du golfe Saint-Laurent. Et pendant que l'on s'échine sur ces projets, on garde le silence sur une vérité qui dérange : le principal talon d'Achille économique du Québec est sa dépendance au pétrole, et réduire notre consommation d'or noir serait plus profitable économiquement que de se lancer tête première dans l'industrie pétrolière.

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Climat: l'heure n'est plus au débat, mais à l'action.

Le 12 octobre 2013 | Affiché dans

Lettre ouverte — 5ème rapport du GIEC sur les changements climatiques

Par Jean-Patrick Toussaint, Ph.D. sciences environnementales, Chef des Projets Scientifiques — Fondation David Suzuki et Dominique Paquin, M.Sc., spécialiste de simulations et d'analyses climatiques

Le 27 septembre dernier était publié le premier d'une série de trois documents faisant office du 5ème rapport sur l'état du climat du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Ce rapport fait suite à celui publié en 2007 pour lequel l'organisme a mérité le prix Nobel de la paix (conjointement avec Al Gore). Il conclut avec un degré de certitude sans précédent que le réchauffement climatique est réel, que le surplus d'énergie observé dans le système climatique terrestre est lié aux activités humaines, et que le temps commence à manquer pour limiter les bouleversements du climat mondial.

Cette lettre se veut un signal d'alarme de la part de plusieurs membres de la communauté scientifique québécoise. Nous ne pouvons demeurer silencieux devant l'ampleur des enjeux découlant des modifications climatiques causées par l'humain. Il est plus que temps de prendre la réalité des changements climatiques au sérieux et de prendre les mesures adéquates dès aujourd'hui pour éviter les pires scénarios prévus par le GIEC.

Une communauté scientifique plus sûre que jamais

La température moyenne à la surface de la Terre a augmenté depuis le début du XXème siècle, particulièrement depuis 1970. Toutes les observations le confirment, il n'y a aucun doute. Le rapport confirme également avec un degré de certitude très élevé qu'il est possible d'attribuer plus de la moitié de ce réchauffement aux activités humaines, qu'il est la conséquence des émissions de gaz à effet de serre (GES), et particulièrement du CO2. Il documente également une intensification du cycle hydrologique, une réduction du couvert de glace (particulièrement en Arctique) et une augmentation de certains événements météorologiques extrêmes observés dans plusieurs régions du globe depuis les années 1950 (notamment la fréquence de vagues de chaleur).

Enfin, le rapport du GIEC note que sans mesures décisives visant à réduire nos émissions de GES, nous nous dirigerons au mieux vers une augmentation de température à la surface de plus de 2°C (par rapport à la moyenne des 20 dernières années) pour la fin du siècle, et au pire vers un réchauffement de plus de 4°C. Un tel réchauffement est porteur de conséquences qui remettent en cause plusieurs des fondements de notre civilisation.

Puisque nous savons pertinemment que les GES que nous émettons d'année en année persisteront dans l'atmosphère pour des centaines d'années et que nos émissions actuelles contribuent non seulement à un réchauffement planétaire accru, mais conduiront à des changements sans précédent depuis des millénaires dans le système climatique en entier, force est d'admettre que nous nous devons agir dès maintenant sur cet enjeu, car des délais supplémentaires rendront plus difficiles notre capacité d'action.

D'après le rapport du GIEC, l'objectif de limiter la hausse des températures globales à 2oC, permettant ainsi de limiter les impacts des changements climatiques, est toujours à portée de la main...à condition de prendre de fortes mesures de réduction des émissions de GES. Mais notre occasion d'agir s'amenuise rapidement. C'est pourquoi la future stratégie énergétique s'avèrera un véritable test pour le gouvernement québécois. Le Québec a fait des efforts importants depuis deux décennies, mais nous sommes loin du compte.

Il faut mettre le Québec sur la voie de réductions profondes de ses émissions de GES. Ceci implique une réduction importante de notre consommation de pétrole, une transformation de nos systèmes de transport et l'audace de remettre en question les projets d'oléoducs et d'extraction de pétrole qui vont nous léguer une infrastructure qui verrouillera notre dépendance aux combustibles fossiles pour une autre génération. Et dans une génération il sera trop tard. C'est donc maintenant qu'il nous faut agir.

L'heure est venue de donner raison à la science et d'avoir le courage de prendre les mesures nécessaires pour minimiser les conséquences des changements climatiques. L'heure n'est plus au débat, mais à l'action!

Lettre co-signée par les membres de la communauté scientifique suivants :

Diane Bastien, Candidate au doctorat en génie du bâtiment
Frédéric Bouchard, Professeur, Département de philosophie, Université de Montréal
Jacques Brisson, Professeur en sciences biologiques, Université de Montréal
Christiane Charest, Professeure agrégée, Université d'Ottawa
Pierre Chastenay, Ph.D., Professeur de didactique des sciences à l'UQAM et animateur de l'émission Le code Chastenay
Marie-Christine Dubé, M.Sc., écologie forestière
Geneviève Drouin, Maîtrise en Environnement
Jérôme Dupras, Candidat au doctorat en économie écologique
Thomas Gervais, ing. jr, Ph.D., Professeur adjoint, Département de génie physique, Polytechnique Montréal
Pierre-Étienne Jacques, Professeur au Département de Biologie, Université de Sherbrooke
Michel Leboeuf, M. Sc. Biol., Vulgarisateur scientifique
Paul Lewis, Vice-doyen, recherche, et secrétaire, Faculté de l'aménagement, Université de Montréal
Laurent J. Lewis, Professeur titulaire, Département de physique, et vice-doyen à la recherche et à la création, Faculté des arts et des sciences, Université de Montréal
Fabienne Lord, Ph.D., Chercheuse indépendante
Lyne Morissette, Ph.D., Écologie des écosystèmes & mammifères marins, M Expertise Marine
Éric Notebaert, MD, Association Canadienne des Médecins pour l'Environnement
Émilien Pelletier, Chaire de recherche du Canada en Écotoxicologie Marine, ISMER-UQAR
Sébastien Rodrigue, Professeur au Département de Biologie, Université de Sherbrooke
Lucie Sauvé, Ph.D., Professeure titulaire, Directrice du Centre de recherche en éducation et formation relatives à l'environnement et à l'écocitoyenneté
Sébastien Sauvé, Professeur en chimie environnementale à l'Université de Montréal
Bill Shipley, Professeur au Département de Biologie, Université de Sherbrooke,
Louise Vandelac, Ph.D., professeure titulaire, Institut des sciences de l'environnement et département de sociologie, UQAM, Chercheure CINBIOSE et TITNT
Jonathan Verreault, Professeur et Chaire de recherche du Canada en toxicologie comparée des espèces aviaires

Pétrole dans le golfe du Saint-Laurent : le mythe norvégien

Le 25 août 2013 | Affiché dans | Laissez un commentaire

Le Soleil
En réaction au texte « Penser comme les Norvégiens » de Françoise Bertrand

Dans une récente lettre ouverte au journal Le Soleil, la présidente-directrice-générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), Mme Françoise Bertrand, incitait les Québécois à s'inspirer de la Norvège et à ouvrir toute grande la porte à l'industrie pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent. Mais dans son optimisme, Mme Bertrand oublie de mentionner un aspect fondamental : le golfe du Saint-Laurent est un milieu unique où les conditions climatiques et océanographiques sont complètement différentes de ce qui prévaut en Norvège, multipliant ainsi les risques reliés à l'exploration pétrolière.

Le golfe du Saint-Laurent est une petite mer intérieure, sept fois plus petite que le golfe du Mexique, ne communiquant avec l'Atlantique que par deux petites ouvertures, les détroits de Cabot et de Belle-Isle qui totalisent à peine 6 % de la circonférence du golfe. Les courants antihoraires complexe du golfe du Saint-Laurent feraient en sorte d'y maintenir longtemps captif tout déversement qui pourrait survenir. De plus, les eaux du golfe sont généralement recouvertes de glace en hiver, ce qui compliquerait sérieusement les opérations en cas de marée noire.

À l'inverse, la mer de Norvège et la partie nord de la mer du Nord, où se retrouve l'essentiel des opérations pétrolières norvégiennes, ne sont pas enclavées comme le golfe du Saint-Laurent et s'ouvrent directement et sans entraves sur l'Atlantique Nord. Le courant de Norvège permet en outre d'entraîner rapidement au loin tout déversement pétrolier. De plus, ce courant relativement chaud empêche en permanence la formation de glace dans les eaux norvégiennes.

Malgré l'image idyllique de la Norvège que l'on tente de nous projeter, le bilan environnemental est moins rose qu'on voudrait nous le faire croire. Des déversements majeurs s'y sont produits aux plateformes Statsfjord A (3 696 tonnes, 2007), Draugen (630 tonnes, 2003) ou Norne (286 tonnes, 2005). Rappelons qu'il a suffi de 200 tonnes de pétrole en provenance du Irving Whale pour souiller 80 km de plages des Îles de la Madeleine en 1970. Outre ces déversements accidentels, le Norwegian Petroleum Directorate nous apprend que les opérations en mer impliquent des rejets de routine d'environ 2 000 tonnes de pétrole par année.

Nous aimons nous répéter que « nous allons nous doter des meilleurs standards au monde », mais soyons réalistes : le Canada n'est absolument pas prêt à faire face à une marée noire dans le golfe du Saint-Laurent comme le soulignait le rapport du Commissaire à l'environnement et au développement durable Scott Vaughn. De plus, la limite de responsabilité financière des compagnies pétrolières au Canada n'est toujours que de $30 millions de dollars, un montant ridicule face aux $42 milliards qu'a coûté la catastrophe du golfe du Mexique. Nous sommes encore bien loin de la Norvège qui a enlevé tout plafond de responsabilité et institué le régime pollueur-payeur complet.

Le golfe du Saint-Laurent est un milieu fragile et complexe peu propice aux activités pétrolières et il ne peut pas se comparer aux mers entourant la Norvège. Des centaines de milliers de personnes tirent présentement leur gagne-pain de cet écosystème unique, au Québec et dans les quatre autres provinces atlantiques. Nous croyons qu'avant de permettre au Québec ou à Terre-Neuve d'exposer les communautés du golfe au risque de forages pétroliers, celles-ci doivent être consultées et fournir leur consentement informé. Les impacts environnementaux doivent aussi être documentés scientifiquement. En l'absence de ces éléments, nous croyons qu'il serait prématuré et imprudent d'ouvrir le golfe à l'exploitation pétrolière.

**Pour la Coalition Saint-Laurent,
Sylvain Archambault (SNAP Québec), Karel Mayrand (directeur général, Fondation David Suzuki), Danielle Giroux (présidente, Attention FragÎles), Christian Simard (directeur général, Nature Québec)**

Lettre à l'honorable premier ministre Stephen Harper et aux députés

Le 21 novembre 2012 | Affiché dans

Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Députés,

Nous représentons des organismes des Premières Nations, environnementaux, de sport et loisirs et communautaires qui sont soutenues par plus d'un demi million de citoyens. Nous sommes déçus. En dépit de l'opposition de millions de citoyens aux attaques contre la nature et la démocratie contenues dans le projet de loi omnibus C-38, le gouvernement fédéral choisit encore une fois de réécrire certaines des lois fondamentales du pays sur la protection de l'environnement, en incluant des amendements inappropriés dans ce projet de loi omnibus, le deuxième du genre.

Une fois de plus, il s'agit d'une attaque sur deux fronts contre nos processus démocratiques, car ce projet de loi semble conçu pour court-circuiter toute discussion parlementaire sur des changements législatifs majeurs qui réduiront considérablement les possibilités de consultation publique.

Le projet de loi C-45 précarise davantage la protection de la nature au pays, par les modifications substantielles qu'il apporte à la Loi sur la protection des eaux navigables (LPEN, qui serait remplacée par la Loi sur la protection de la navigation), la Loi sur les pêches et la Loi sur le contrôle des renseignements relatifs aux matières dangereuses — des lois essentielles qui ont déjà favorisé une gestion avisée de l'environnement, assurant une eau propre et des océans en santé à l'ensemble des Canadiens.

Les changements contenus dans le projet de loi omnibus porteront un autre coup aux lois environnementales du pays, balayeront des mesures de protection fédérales essentielles, et réduiront les occasions pour le public de s'exprimer au sujet de projets qui pourraient menacer l'air, l'eau, le sol et les écosystèmes desquels tous les citoyens, ainsi que notre économie, dépendent.

Les modifications proposées à la LPEN sont inquiétantes à plusieurs titres. Elles auraient pour résultat de soustraire la vaste majorité des cours d'eau du pays à une protection fédérale proactive, en vertu d'une nouvelle loi sur la navigation. Les citoyens concernés seront forcés de consacrer temps et argent devant les tribunaux pour se prévaloir de leurs droits à des cours d'eau non-harnachés. Quant aux plans d'eau qui restent « protégés », les modifications élimineront là aussi toute participation automatique de la population aux prises de décisions, ce qui permettra au ministre des Transports d'accélérer le traitement de projets précis sans même aviser, et encore moins consulter, le public.

Les modifications prévues à la Loi sur les pêches, elles aussi enfouies dans le projet de loi, enlèveront tout mordant à cette loi environnementale clé déjà affaiblie, en accordant à l'industrie la possibilité de se dégager de ses responsabilités concernant la protection de l'habitat du poisson ou de les amoindrir, ou encore, de se soustraire aux compensations promises en cas de perte ou de dégradation d'habitat.

Le projet de loi C-45 prévoit aussi la dissolution du Conseil de contrôle des renseignements relatifs aux matières dangereuses, un organisme indépendant chargé de protéger les Canadiens contre les produits toxiques et les matières dangereuses sur les lieux de travail, et dont les décisions sont fondées sur la science. Ce qui pourrait amener certaines sociétés à divulguer moins d'information sur la composition de leurs produits. Les Canadiens méritent une meilleure reddition de comptes et plus de transparence en ce qui concerne l'utilisation et la distribution de produits toxiques. Mais si la Commission disparaît, aucun organisme indépendant ne surveillera l'industrie lorsqu'elle souhaitera dissimuler le contenu chimique des produits qu'elle utilise ou produit.

Le projet de loi C-45 illustre une fois de plus l'attitude négligente du gouvernement fédéral, qui met en péril la sécurité et la santé à long terme de la population. Il contient des changements considérables qui, à défaut d'être stoppés maintenant, atteindront les communautés partout au pays — compromettant notre eau, notre air, notre nourriture et notre qualité de vie.

Nous exhortons chaque député à se prononcer en faveur de la nature et de la démocratie en votant pour les amendements au projet de loi C-45, amendements qui empêcheront que des changements aussi dommageables soient inscrits dans la loi.

Lettre signée par :

Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique BC Assembly of First Nations
Ecojustice
Environmental Defence
Équiterre
Fondation David Suzuki
Greenpeace Canada
Greenpeace Québec
Idle No More (groupe communautaire en Saskatchewan) Institut Pembina
Nature Canada
Paddle Canada
Ontario Rivers Alliance
Sierra Club Canada
Société pour la nature et les parcs du Canada
Union of British Columbia Indian Chiefs
West Coast Environmental Law
World Wildlife Fund

Gentilly 2: le délire économique doit cesser

Le 16 octobre 2012 | Affiché dans | Laissez un commentaire

Montréal - La construction de Gentilly-2 a commencé en 1976. Son démantèlement se terminera en 2062. 86 ans de dépenses publiques pour 25 ans d'énergie. En annonçant dès son entrée en fonction le déclassement de la Centrale nucléaire Gentilly-2, le gouvernement Marois a pris la seule décision responsable, une décision que le gouvernement du Parti libéral avait tardé à prendre par pur clientélisme électoral. Le nouveau gouvernement a fait preuve de courage politique et il doit en être félicité. Mais le concert de désinformation alimenté par certains élus de la région de Trois-Rivières, par les chambres de commerce, par le Parti libéral du Québec et SNC Lavalin nous force à réagir.

Évalué à 1,9 milliards de dollars en 2008, le coût de la réfection est passé à 3, puis à 4,3 milliards, et il y a fort à parier qu'il dépasserait les cinq milliards s'il se réalisait, et ce sans compter les coûts futurs du démantèlement et de l'entreposage de 2500 tonnes additionnelles de déchets hautement radioactifs, au coût approximatif d'un million de dollars la tonne. Une fois l'ensemble de ces coûts inclus, le Québec se retrouvera avec une facture dont personne aujourd'hui ne peut prédire l'ampleur.

Pour soutenir l'économie de la Mauricie-Centre-du-Québec, devrions-nous accepter de lancer le Québec dans cette aventure financière qui a déjà l'allure d'un éléphant blanc? Thierry Vandal a résumé la situation : les coûts du nucléaire explosent, le prix de l'électricité diminue. L'écart entre le prix de production et celui du marché rendra l'opération déficitaire. Selon Hydro-Québec, la centrale ferait perdre 215 millions par année à la société d'État sur toute sa durée de vie. Compte tenu des surplus d'électricité du Québec, cette énergie serait exportée à perte aux États-Unis. Les contribuables québécois devraient-ils financer les consommateurs d'électricité américains?

Les tenants de la réfection se gardent bien également de dire que bon nombre d'employés de Gentilly-2 ont la sécurité d'emploi et seront redéployés ailleurs chez Hydro-Québec. Devrait-on investir plus de cinq millions de dollars par emploi pour maintenir coûte que coûte ces emplois en Mauricie? Ils omettent aussi de dire que 75 pour cent des activités d'Énergie atomique Canada sont réalisées en Ontario et que les retombées économiques de la réfection nous échapperaient en grande partie. Devrait-on financer des emplois en Ontario avec des fonds publics Québécois?

Finalement, SNC-Lavalin propose maintenant de procéder à rabais à la réfection de la centrale de Gentilly-2 et de l'opérer en signant un bail avec Hydro-Québec. Permettons-nous de douter de la capacité de cette entreprise de réaliser cette promesse alors qu'on n'a pu maîtriser les coûts et les délais de réfection de la centrale de Pointe Lepreau au Nouveau Brunswick et que les dépassements de coûts sont systématiques dans le nucléaire. Est-il prudent d'accorder à cette entreprise un contrat public d'une telle ampleur alors même qu'elle est présentement sous enquête pour de présumées malversations dans l'obtention du contrat de 1,3 milliards $ du CUSM?

La proposition économique des tenants de la réfection se résume à engloutir des fonds publics dans un éléphant blanc pour maintenir une activité économique qui serait générée à moindre coût par des investissements dans la reconversion de l'économie régionale. On ne peut que s'étonner que des acteurs qui accusent le nouveau gouvernement d'incompétence économique et qui prônent le contrôle des dépenses publiques soient si favorables au gaspillage de fonds publics lorsqu'ils en sont les bénéficiaires. Ce délire économique doit cesser. La décision de déclasser Gentilly-2 sert l'intérêt financier de l'ensemble des Québécois.

Lettre signée par :

Jean-Martin Aussant
Gilles Bélanger
Dominic Champagne
Jim Corcoran
Louis Jean Cormier
Steven Guilbeault
Pierre Jasmin
Hugo Latulippe
David Marin
Guylaine Maroist
Karel Mayrand
Éric Notebaert
Yann Perreau
Michel Rivard
Éric Ruel
Richard Séguin
Christian Simard
Vincent Vallières
Laure Waridel

Texte publié dans le journal Le Soleil, 16 octobre 2012.

Libre opinion — Protégez l'île Charron!

Le 4 avril 2011 | Affiché dans

Collectif d'auteurs — Actualités sur l'environnement

Le Devoir (1 avril 2011) — Monsieur le Ministre de l'Environnement Pierre Arcand, nous sommes à quelques mois de l'échéance du moratoire sur le terrain de l'île Charron et notre inquiétude est grande. En octobre prochain, faute d'un engagement gouvernemental tenu, il est possible qu'un espace naturel de plus de 24 hectares disparaisse au profit d'un vaste projet immobilier. L'île Charron est la porte d'entrée de l'archipel des Îles-de-Boucherville, seul espace vert encore vierge au milieu du fleuve à proximité de Montréal. Nous ne pouvons laisser se réaliser une telle aberration sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal.

Le gouvernement du Québec s'est engagé à acheter ce terrain en 2007 à des fins de conservation publique et à l'annexer au parc national. Il a lui-même décrété à deux reprises une réserve foncière. La deuxième réserve foncière arrive à échéance en octobre 2011 et elle ne peut être renouvelée. Votre ministère a fait une proposition d'achat au promoteur Luc Poirier en octobre 2010. Ce dernier a refusé le montant offert dans une acquisition de gré à gré. Nous vous demandons de poursuivre vos démarches et d'aboutir à une entente d'ici l'automne.

Depuis une trentaine d'années, les citoyens de la région montréalaise se sont clairement exprimés pour la protection de ce terrain et son annexion au parc adjacent. Grâce à leurs interventions soutenues, plusieurs tentatives de faire disparaître le vert au profit du gris ont été déboutées. Pour preuve de cette mobilisation: une première pétition dénonçait en 1989 un projet de développement et en 2007, une deuxième pétition, signée par 20 000 personnes, était déposée à l'Assemblée nationale par trois députés représentant chacun des partis politiques.

Aujourd'hui, la situation exige une solution définitive. Le nouveau propriétaire qui a acquis le terrain en 2007 pour 6 millions à Desjardins Sécurité Financière pourra y construire, dès la levée du moratoire et l'obtention de ses permis par la Ville de Longueuil, son projet de condos en bordure du fleuve.

Nous sommes tous convaincus qu'un développement urbain sur l'île Charron aura un impact négatif majeur à plusieurs niveaux:

  • sur la préservation d'un espace boisé qui ne demande qu'à devenir une belle forêt mature;
  • sur l'intégrité écologique du Parc national des Îles-de-Boucherville et sur l'ensemble insulaire répertorié comme le plus grand ensemble de milieux humides de la CMM;
  • sur la protection du paysage maritime;
  • sur la congestion autoroutière du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine déjà saturé;
  • sur les coûts liés à la construction d'un nouveau secteur d'habitation isolé des services publics;
  • sur la disponibilité d'espaces verts publics pour la population de la métropole.

Ne manquons pas cette occasion de faire un geste cohérent et bénéfique pour toute la collectivité montréalaise et montérégienne. Donnons au parc, l'un des plus fréquentés au Québec et l'un des plus petits, un meilleur accès, plus d'espace, et préservons un écosystème insulaire unique dans la région.

Nous vous demandons, Monsieur le Ministre, de respecter votre engagement et de prendre tous les moyens nécessaires afin de vous porter acquéreur du terrain de l'île Charron et d'empêcher la minéralisation d'un espace vert que nous aurions tous à regretter amèrement.


Ont signé ce texte: Patrick Asch, Rémi Arsenault, Geneviève Audet, Gérard Beaudet, Claude Beaulac, Claude Béland, Sylvie Bibeau, Marcel Côté, Coralie Deny, Raphaël Fischler, Al Hayek, Florence Junca-Adenot, Phyllis Lambert, Richard Marois, Karel Mayrand, Tommy Montpetit, Owen Rose, Christian Simard.

Lettre parue dans Le Devoir le vendredi, 1 avril 2011

Le virage du Québec vers le gaz menace son statut de puissance verte

Le 22 septembre 2010 | Affiché dans
Photo: Le virage du Québec vers le gaz menace son statut de puissance verte

Crédit: danielfoster437 via Flickr

Par Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec.

Le Québec annonçait l'automne dernier une cible ambitieuse de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20% sous les niveaux de 1990 d'ici 2020. Fort de cette cible, le premier ministre Jean Charest se présentait au Sommet de Copenhague comme le champion nord-américain de la lutte aux changements climatiques. Cet engagement a suscité un concert international d'éloges sur le leadership du Québec et de son premier ministre.

Un an plus tard, M. Charest avait peu à montrer comme résultats au New York Climate Week auquel il participait. Bien qu'il ait habilement esquivé la question à New York, son leadership est remis en question par le virage de son gouvernement en faveur de l'exploitation des hydrocarbures.

Les émissions de GES du Québec ont augmenté de 5,6% entre 1990 et 2007. C'est donc dire que le Québec doit réduire ses émissions de plus de 25% en 13 ans alors qu'il n'a pas réussi à les stabiliser en 17 ans. De l'avis de tous les intervenants, l'atteinte de cet objectif ne peut se faire que si des virages majeurs sont opérés rapidement, notamment en transport et en aménagement du territoire. Un signal clair du gouvernement se fait toujours attendre à cet égard. Quant au secteur industriel québécois, il a déjà fait sa part en réduisant ses émissions de plus de 7%, soit plus que l'objectif de Kyoto.

C'est dans ce contexte que la volonté du Québec de se doter d'une industrie gazière suscite des questionnements. Selon Équiterre, cette nouvelle industrie pourrait générer 1,9 Mt de GES, ou 18% de l'effort requis pour atteindre la cible du Québec pour 2020. La ministre Nathalie Normandeau soutient quant à elle que les émissions québécoises diminueront du fait du remplacement du mazout et de l'huile de chauffage par le gaz. Aucune étude ne vient à ce jour appuyer cette affirmation. Il est tout aussi probable que la consommation québécoise de gaz augmente en raison de la proximité et de l'abondance de la ressource qui en feront baisser le prix. Dans ce cas, le bilan serait une augmentation significative des émissions, ce qui impliquerait des efforts supplémentaires d'autres secteurs de l'économie pour faire place aux émissions de cette nouvelle industrie. Pour l'instant, Québec n'a pas de plan pour conjuguer ses aspirations de puissance gazière et de leader climatique.

Le Québec se targue d'être une puissance de l'énergie verte, forte de sa puissance hydraulique peu émettrice de GES. Il faut relativiser cette prétention. La consommation d'électricité en Ontario a plafonné en 2006 alors qu'elle augmente encore au Québec, qui a aboli au printemps son Agence de l'efficacité énergétique. Pendant que la province voisine investit massivement dans les énergies propres, planifiant des parcs éoliens dans le lac Ontario, le Québec développe la filière gazière et souhaite semer des plateformes de forage dans le Saint-Laurent. Le New Jersey et l'Ontario se battent aujourd'hui pour occuper la deuxième place des puissances vertes derrière la Californie. Le Québec fait concurrence à la Pennsylvanie en développant ses ressources gazières.

Avec sa cible ambitieuse de réduction des GES, le Québec demeure un chef de file dans la lutte aux changements climatiques. Mais sa crédibilité sera mise à mal s'il n'opère pas dès maintenant des virages déterminants en transport, aménagement et en énergie.

Le leadership ne s'évalue pas sur des intentions, mais sur des résultats. En se lançant dans les combustibles fossiles moins d'un an après avoir pris l'engagement de réduire ses émissions de manière significative, le Québec signale à gauche, mais prend un virage à droite. Québec doit corriger sa trajectoire rapidement pour que son engagement ne soit pas perçu comme un simple exercice de relations publiques.

Pour une commisson parlementaire sur l'indépendance énergétique

Le 10 juin 2010 | Affiché dans
Photo: Pour une commisson parlementaire sur l'indépendance énergétique

(Crédit: Señor Hans via Flickr)

Les signaux du marché sont sans équivoque; l'ère du pétrole à bon marché est derrière nous. Malgré une réduction de la demande mondiale depuis l'automne 2008, les tensions sur le marché du pétrole persistent et maintiennent le prix du baril de pétrole à plus de trois fois son niveau moyen depuis les années 1980.

Par ailleurs, la reprise économique couplée à la diminution structurelle anticipée de la production mondiale pointent vers une nouvelle flambée des prix dans les années à venir. Pour plusieurs économistes, cette situation risque fort de nuire à la reprise économique elle-même! Les énergies fossiles représentent plus de la moitié de la consommation d'énergie au Québec. Pour assouvir l'essentiel de ce besoin, le Québec importe massivement du pétrole à fort prix, ce qui handicape lourdement sa balance commerciale.

En 2008, ce sont 15 milliards de dollars qui sont sortis du Québec pour l'achat de produits pétroliers. En plus d'être une perte sèche pour notre économie, cette somme n'aura pu fructifier et servir à augmenter ou à améliorer la qualité de vie des citoyens ou la compétitivité des entreprises du Québec. L'équation est donc fort simple: la dépendance au pétrole et aux autres énergies fossiles appauvrit le Québec.

Dans un contexte où le prix des hydrocarbures est condamné à augmenter, les nations qui sauront s'affranchir de ces formes d'énergie et qui maîtriseront les sources d'énergies vertes posséderont des leviers essentiels pour leur développement au cours du XXIe siècle. En d'autres termes, l'indépendance énergétique est une clé essentielle pour assurer l'avenir du Québec.

Le grand potentiel du Québec

On ne le dit pas assez: le Québec jouit d'un avantage remarquable pour relever ce défi. En effet, l'abondance et la diversité des sources d'énergies renouvelables disponibles sur son territoire le place dans le peloton de tête des économies à potentiel vert, non seulement en Amérique du Nord, mais sur l'ensemble de la planète! Déjà, la part des combustibles fossiles dans notre bilan de consommation énergétique est beaucoup moins élevée que chez nos voisins continentaux ou ailleurs dans les pays de l'OCDE en raison du virage hydroélectrique entrepris entre 1960 et 1990.

Toutefois, bien qu'au lieu du charbon nous puissions compter sur nos barrages pour produire de l'électricité, nous consommons par habitant presque autant de pétrole que les Américains et notre consommation d'électricité par habitant nous place au second rang mondial. Nous partons donc avec une certaine longueur d'avance par rapport à plusieurs pays, mais en matière de pétrole et d'efficacité énergétique, nous sommes en mauvaise posture pendant que d'autres s'affairent à développer les créneaux économiques de remplacement.

Pour diminuer notre dépendance aux combustibles fossiles et développer de nouvelles expertises, il est nécessaire de prendre des mesures fortes visant à réduire la consommation totale d'hydrocarbures, à développer et à mettre en place des alternatives à leur utilisation ainsi qu'à promouvoir l'efficacité énergétique et le développement des énergies vertes. Ces mesures doivent viser prioritairement les secteurs névralgiques du transport des personnes et des biens, de l'aménagement du territoire et de l'agriculture, qui sont essentiels pour faire du Québec un modèle mondial de développement durable et une puissance des énergies vertes.

Agir dès maintenant

Mais pour parvenir à effectuer ce virage vers une économie libérée de sa dépendance aux énergies fossiles, il est essentiel de mobiliser l'ensemble de la population. Le Québec est vaste et de multiples réalités coexistent sur le territoire. La dépendance au pétrole du travailleur autonome du centre-ville de Montréal n'est pas la même que celle de l'ouvrier des pâtes et papiers de Jonquière. Les solutions pourraient donc varier selon les régions et favoriser l'émergence d'innovations diverses dans la mesure où elles sont appliquées à une échelle adéquate. Elles devraient également tirer profit tant du savoir du spécialiste en énergie que de celui du gérant d'une coopérative forestière, d'où notre proposition d'une commission parlementaire itinérante.

L'échéance pétrolière indique qu'il faut agir vite et nous pensons que le Québec devrait atteindre son indépendance énergétique face aux énergies fossiles telles que le pétrole et le gaz naturel d'ici 2030. Il est donc urgent que la population se mobilise! C'est pourquoi nous demandons à l'Assemblée nationale de bien vouloir tenir sans délai une commission parlementaire itinérante sur l'indépendance énergétique du Québec qui permettrait à la fois de sensibiliser la population à la nécessité d'agir et aux élus de mesurer l'ampleur du défi à relever. Attendre que les prix du pétrole explosent à nouveau n'est pas une option.

Texte paru dans Le Soleil, le 10 juin 2010.

Rédigé par

André Bélisle, président, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

Daniel R. Breton, Maîtres chez nous 21e siècle (MCN21)

Sylvain Gaudreault, député de Jonquière et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie

François P. Granger, ing., président, Réseau des ingénieurs du Québec (RéseauIQ)

Virginie Lambert Ferry, responsable de la campagne Climat-Énergie, Greenpeace

Karel Mayrand, directeur général pour le Québec, Fondation David Suzuki

Normand Mousseau, professeur au Département de physique de l'Université de Montréal et auteur du livre L'avenir du Québec passe par l'indépendance énergétique

Réjean Parent, président, Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

Sidney Ribaux, coordonnateur général, Équiterre

Gaétan Ruest, maire d'Amqui

Alexandre Turgeon, président, Vivre en ville

Christian Simard, directeur général, Nature Québec

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