Par Karel Mayrand, Directeur général de la Fondation David Suzuki au Québec

Monsieur le ministre Flaherty,

Pendant la période des Fêtes, alors que vous établirez les bases du budget à venir, permettez-moi de vous lancer un défi : soyez innovateur! L'occasion vous est offerte d'aborder, non pas une, mais bien deux crises majeures auxquelles le Canada et le reste du monde sont confrontés. Alors que la situation économique actuelle fait quotidiennement les manchettes et que les épargnes des ménages canadiens disparaissent, le consensus scientifique concernant le réchauffement de la planète continue de susciter une douche froide à Ottawa.
En faisant preuve d'un leadership fort, vous avez le pouvoir d'entreprendre un chantier national pour résoudre ces deux crises étroitement reliées en un seul coup de maître.

Premièrement, envisagez cette crise sous un angle nouveau. Plutôt que de relancer l'économie en mettant notre environnement de côté, pourquoi ne pas saisir l'opportunité pour jeter les bases d'une nouvelle économie plus prospère? Désormais, l'économie durable est la nouvelle économie.

Deuxièmement, considérez une réforme fiscale écologique ou la création d'un ensemble de mesures de relance vertes qui permettra au Canada de transformer son économie en une économie d'avenir. Cette nouvelle économie verte s'appuiera sur la connaissance et sur l'exploitation de sources d'énergies alternatives et renouvelables. Remplaçons les emplois perdus par des emplois dans les nouvelles technologies vertes. Investissons dans les infrastructures vertes en privilégiant des voies ferrées et le transport en commun plutôt que des routes; dans les énergies renouvelables plutôt que dans l'énergie nucléaire; dans des bâtimentsintelligents plutôt que des structures inefficaces; dans des véhicules performants sur le plan énergétique plutôt que ceux plus énergivores. L'énergie constituera le secteur le plus dynamique du prochain siècle.

Il est clair que de tels investissements représentent des coûts. Mais puisque vous avez déjà reconnu que vous aurez à dépenser pour sortir le Canada de cette récession, il ne vous reste plus qu'à faire preuve de vision dans vos choix. La bonne nouvelle est que si vous dépensez intelligemment, vous réaliserez davantage à moindre coût. N'est-ce pas la une bonne décision pour investir dans l'avenir ?

Le retour sur l'investissement sera rapide avec plus de 40 000 emplois créés à court terme et ce, dans des secteurs diversifiés, allant de la construction aux emplois manufacturiers, en passant par la recherche et le développement.

En ce temps de crise, le secteur privé se tourne vers vous pour faire preuve de leadership. Alors qu'une toute nouvelle industrie émerge, celle des infrastructures et des énergies propres, nos entreprises ont besoin d'être supportés pour convaincre leurs investisseurs.

Les Canadiens réclament des politiques qui protègent l'environnement. Indiquez-leur la voie vers des solutions d'énergie propre avec des objectifs clairs. Rapidement, les investissements relanceront une économie du XXIème siècle plus prospère, plus compétitive et surtout, plus durable.

Selon des données de l'institut Pembina, en finançant des projets d'énergies renouvelables, le Canada pourra réduire ses dépenses d'importation de gaz naturel et de pétrole tout en triplant la valeur de son investissement. De plus, le financement de projets d'autobus à haut rendement énergétique ou de trains légers pourraient générer des retombées de plus de 31 milliards de dollars sur notre PIB.

Une étude réalisée le mois dernier par la Fondation David Suzuki et l'institut Pembina a démontré que l'économie canadienne pouvait croître de 20 tout en rencontrant des engagements de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 25 par rapport au niveau de 1990. Alors que la pression internationale se fait de plus en plus forte pour que le Canada réduise ses émissions de gaz à effet de serre, les investissements verts sont une option logique autant sur le plan économique que politique.

Le temps est venu de relever ce défi. Sous la présidence de Barack Obama, l'économie américaine s'apprête à prendre un virage majeur en faveur d'une économie durable. Les entreprises et industries canadiennes ne doivent pas être laissées derrière. La crise que nous vivons nous offre l'occasion de relancer notre économie en positionnant l'énergie et l'environnement au centre de ce nouveau chantier national.


Très sincèrement,

Karel Mayrand
Directeur général de la Fondation David Suzuki au Québec

7 janvier 2009