« Même si ce budget propose ici et là quelques investissements verts, il représente, dans l'ensemble, un rendez-vous manqué avec l'occasion unique de faire du Canada un leader mondial de l'avenir économique vert. Quel contraste avec le choix privilégié par les Etats-Unis, notre premier partenaire commercial, sous la nouvelle présidence de Barack Obama. Le président Obama, en effet, vient tout juste d'annoncer un investissement immédiat de 55 G $ dans l'économie verte. Pendant ce temps, moins de 5 % du budget Canadien est alloué à une relance économique verte. »

 Peter Robinson, CEO, Fondation David Suzuki

Les mesures vertes dans le budget 2009

Le gouvernement fédéral continue de se montrer frileux quant aux dépenses favorables à l'environnement, alors qu'un rattrapage s'impose pour empêcher que les Canadiens ne trainent définitivement la queue des pays industrialisés. Ainsi, la déception la plus grande a été de constater l'absence d'un plan d'ensemble vert, qui aurait jeté les fondations d'une économie plus verte. Voilà un sérieux manque d'imagination, et une décevante carence d'innovation de la part du gouvernement fédéral.

Tout comme son voisin du Sud le Canada doit faire sa «révolution verte» ; au lieu que le budget fédéral 2009 adopte des demi-mesures, regardant le train passer... Pire, ce budget prévoit des dépenses majeures dans des projets dommageables pour l'environnement, tels que de nouvelles autoroutes qui, à terme, conduisent à l'étalement urbain, à plus d'embouteillages, à plus de problèmes de santé, au fractionnement d'espaces naturels...

Les mesures favorables à une relance verte, dans ce budget, incluent :

  • 1 G $ ont été étalés sur six ans pour la recherche et le développement de technologies vertes aux fins de diminuer l'émission de gaz à effet de serre. Seulement 200 M $ seront disponibles cette année, pendant que des millions de subventions publiques continueront de supporter l'industrie des sables bitumineux. Alors que les scientifiques s'entendent pour fixer à 25 pour cent du niveau de 1990 la cible à atteindre en 2020 pour les émissions de gaz polluants, la cible actuelle du gouvernement se contente d'un faible trois pour cent. La seule technologie retenue comme projet de financement n'est pas une technologie verte, mais bien plutôt une sorte de «trappe à grande échelle» pour attraper et emprisonner le carbone ;
  • 407 M $ sur deux ans visant l'amélioration de la compétitivité des services de trains de passagers (Via Rail) ;
  • Des crédits d'impôt à valeur de 300 M $ sur deux ans afin d'améliorer le rendement énergétique des maisons.
  • Une portion discrétionnaire d'une enveloppe de 1 G $ sur deux ans sera consacrée la rénovation énergétique de logements sociaux.
  • 165 M $, sur deux ans, ont été alloués pour compléter des projets d'infrastructure aux fins d'assainissement des eaux, pour 18 communautés des Premières Nations à travers le Canada.
  • 80 M $, sur deux ans, augmenteront les sommes dévolues à la gestion et à l'évaluation des sites fédéraux pollués ; on prévoit investir 165 M $, toujours sur deux ans, pour les travaux d'assainissement.
  • 10 M $ iront à l'amélioration des communications gouvernementales au chapitre des indicateurs-clés de la santé environnementale (air, eau, émissions de gaz à effet de serre...).
  • On a également prévu revitaliser la Gare Union de Toronto, plaque tournante du transport en commun pour le Grand Toronto. Aussi la ligne de train rapide Evergreen Transit, à Vancouver, bénéficiera de fonds budgétaires.

Le Budget Fédéral 2009 était une occasion historique d'initier la mutation de l'économie canadienne en Économie Verte. Certes, il contient quelques petites victoires pour l'environnement, mais il confirme surtout un doute persistant au sujet de la volonté du gouvernement actuel de faire du Canada un leader mondial de la Nouvelle Économie Verte.

L'inaction verte dans le budget 2009

La Fondation David Suzuki déplore le rendez-vous manqué entre le budget 2009 et l'opportunité exceptionnelle d'investir dans la protection et la restauration de la nature. Au premier chef, le Gouvernement a raté sa chance d'instaurer des mesures qui auraient pu aider le Canada à contenir ses émissions de gaz à effet de serre. Le Canada continuera de trainer à la queue du reste du monde pour son retard à mettre en place un plan crédible pour contrer les changements climatiques ; alors qu'il aurait pu prendre le leadership de l'Économie Verte de demain.

Le budget 2009 échoue le test du Plan d'Action Vert sous plusieurs aspects :

  • Aucun financement prévu pour le programme gouvernemental d'énergie renouvelable (écoÉNERGIE), dont les fonds sont pratiquement épuisés. Un programme similaire et plus généreux, aux USA, vient tout juste d'être reconduit pour trois ans (26 Janvier 2009). Le gouvernement du Canada a aussi refusé de se joindre à l'Association Internationale de l'Énergie renouvelable : message clair à l'intention des industries de l'énergie propre au Canada (éolienne, solaire et autres), à l'effet qu'elles n'entrent pas dans les priorités gouvernementales. Malheureusement, il faut s'attendre à l'exode vers les USA des investissements en faveur de l'énergie renouvelable.
  • Quelques prévisions de dépenses, dans le budget, retarderont l'inévitable transition du Canada vers les énergies propres, en le rendant davantage dépendant d'énergies polluantes et non renouvelables. En effet, le gouvernement a mis tous ses œufs dans le même panier en subventionnant les coûts d'investissement relatifs à la captation et à l'emprisonnement du carbone, au détriment d'enveloppes dédiées à une «Économie basée sur les Énergies Vertes». Pire encore, un montant additionnel de 351 M $ (un cadeau immédiat pour la présente année
  • Le budget 2009 a manqué le bateau qui aurait pu conduire à l'assainissement des écosystèmes d'eaux douces et d'océans, au moment où les industries et les communautés qui en dépendent font face à des défis qui mettent en jeu leur survie. Par exemple, rien de prévu en faveur des activités économiques maritimes telles que le cabotage et les lois environnementales qui doivent le régir, ou pour soutenir la régulation des pêcheries.
  • Aucun subside dédié à la restauration de «l'intégrité écologique» de nos parcs. Certes des enveloppes de financement ont été consenties, mais elles ne sont destinées qu'aux édifices ou à la construction de routes. Dommage, car c'est surtout la restauration et la protection de notre héritage naturel qui en auraient besoin.
  • Des milliards de dollars sont alloués pour le pavement de nouvelles routes et à la construction ou à la rénovation de toutes sortes de ponts et de viaducs, mais rien pour les pistes cyclables ou piétonnières.
  • Aucune restriction verte n'a été considérée dans les octrois consentis aux industries de l'automobile et forestières.

Aucun subside consenti au financement de projets d'énergie éolienne, même ceux déjà pratiquement «clé en main». Une fois encore, les investissements afférents prendront le chemin des USA. Dommage pour le Canada.

2 février 2009