Forages dans le golfe du Saint-Laurent--Un moratoire est nécessaire | Médias
Photo: Forages dans le golfe du Saint-Laurent--Un moratoire est nécessaire

Les riverains du golfe du Saint-Laurent pourraient faire face à une marée noire de la taille de celle du golfe du Mexique si un moratoire sur les forages et les explorations n'est pas adopté.
Simulation d'une marée noire dans le golfe du Saint-Laurent.
(Crédit: Paul Rademacher via Google Earth)

Ça ne pourrait jamais arriver ici. C'est ce qu'a déclaré le premier ministre Stephen Harper lorsque le golfe du Mexique a été frappé par la pire marée noire de l'histoire récente. Alors que les Américains assistent impuissants à l'asphyxie du golfe du Mexique sous plus de 100 millions de litres de pétrole, les projets d'hydrocarbures risquent de se multiplier dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. En cette Journée mondiale de l'environnement et en prévision de la Journée mondiale des océans qui aura lieu mardi, il convient de se demander : cela pourrait-il se produire chez nous ? Et quelles en seraient les conséquences ?

Les projets d'exploitations d'hydrocarbures en milieu marin se multiplient depuis quelques années d'un bout à l'autre du continent. L'estuaire et le golfe du Saint-Laurent, qui regorgent de ressources pétrolières et gazières, n'échappent pas à ce développement. Déjà Corridor Resources a annoncé un premier forage exploratoire à Terre-Neuve, d'ici 2012 dans le gisement Old Harry. Au Québec, des évaluations environnementales stratégiques (EES) vont bientôt être réalisées pour paver la voie à l'exploration, et à l'exploitation éventuelle des hydrocarbures dans notre fleuve et son golfe.

Ces développements récents inquiètent de nombreux citoyens. Les îles de la Madeleine, situées à 80 km du gisement Old Harry, et les autres populations côtières du Saint-Laurent expriment déjà de vives inquiétudes face au projet de forage prévu dans le golfe du Saint-Laurent. Ces inquiétudes sont partagées d'un océan à l'autre : un récent sondage nous indique que 77% des Canadiens réclament soit la suspension des activités de forage tant que la sécurité des projets n'aura pas été revue (54%), soit l'interdiction pure et simple de ces activités (23 %).

Quelles seraient les conséquences d'un déversement majeur dans le golfe ou l'estuaire du Saint-Laurent ? Le golfe du Saint-Laurent est six fois et demie plus petit que le golfe du Mexique et il abrite une biodiversité à la fois riche et fragile. Le fleuve est aussi le gagne-pain de nombreux Québécois. Un déversement, même mineur, pourrait y avoir des conséquences irréversibles sur la faune marine, les pêcheries, le secteur récréo-touristique et plus généralement pour toute l'économie riveraine.

Nous devons tirer des leçons de la catastrophe du golfe du Mexique. Une catastrophe de cette ampleur rend impératif un réexamen complet des activités de forage afin de protéger l'avenir de nos milieux marins et de l'ensemble des communautés qui en dépendent. Pour ce faire un arrêt complet des nouveaux projets doit être décrété. C'est ce qui est en voie d'être fait aux États-Unis où des moratoires ont été annoncés ou prolongés.

Ottawa vient d'annoncer vouloir revoir ses politiques et ses règles liées au forage extracôtier afin qu'elles deviennent les plus rigoureuses au monde. Pourtant le Canada n'a pas l'intention de freiner le forage sur la côte est ou dans l'Arctique. La côte ouest jouit quant à elle d'un moratoire depuis 1972. Dans le golfe du Saint-Laurent, le gouvernement du Québec, après avoir lui-même adopté un moratoire, a récemment suggéré à Terre-Neuve de faire de même.

Un tel moratoire, soutenu par Ottawa, Québec et les provinces de l'Atlantique est essentiel afin de permettre une analyse complète, ouverte et transparente des risques et impacts du déploiement potentiel de cette activité industrielle dans un milieu riche en biodiversité marine. L'estuaire du Saint-Laurent et son golfe ne doivent pas devenir le laboratoire d'expériences risquées et dangereuses pour les écosystèmes et les populations riveraines.

Texte paru dans Le Soleil, le samedi 5 juin 2010

7 juin 2010

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19 commentaires

01 janvier, 2013
13:38

Je suis tout à fait d’accord et je milite dans le même sens que vous M. Suzuki, d’ailleurs je suis à organiser une marche de 3 jours, le long du fleuve pour exiger ce moratoire, ce serait intéressant si partout au Québec il pourrait y avoir des marches manifestations pour cette demande…il faudrait couler une date pour toutes les régions en même temps. J’aimerais rallier tous les organismes autour de ce thème pour cet été. Caroline Jacques
02 décembre, 2011
08:35

Je n’ai aucun problème à ce qu’il y ait du forage dans le fleuve en autant que le gouvernement fasse signer une clause contractuelle de peine de mort aux dirigeants de la cie de forage ainsi qu’aux actionnaires de cette cie dans des cas de débordement dans le fleuve ou toute autre anomalie qui pourrait causer dommage aux êtres vivants dans ce fleuve ainsi qu’au peuple québécois, propriétaire de ce fleuve!
16 septembre, 2010
15:55

Je sais que vous êtes une sommité dans la préservation de l’environnement. Continuez à la défendre je vous appuie fortement
12 juillet, 2010
18:30

Il faut interdire tout forage de pétrole dans le Golfe du St-Laurent. Il faut limiter les dégats qui résultent du comportement/des décisions irresponsables de la part de l’entreprise privée (surtout de la part de l’industrie pétrolière). Il est temps que les êtres humains trouvent d’autres sources d’énergie et commencent à agir de façon beaucoup plus prudente et responsable.
07 juillet, 2010
19:23

Il serait grand temps de cesser les commentaires et discussions et de commencer a agir et de faire ce qu’il doit être fait ,afin de de préserver la vie qui nous entourent et qui est tranquillement en train de disparaitre !
05 juillet, 2010
12:02

Il ne faut surtout pas se fier sur Stephen Harper et son gouvernement pour protéger l’environnement. Son appui au développement en Alberta et sa note environnementale sur la scène mondiale démontre qu’il n’éprouve aucune honte à poluer pour exploiter. Seule une vigoureuse prise de position des citoyens peut l’arrêter. Malgré l’oppositon de la population à ses politiques il a toujours le pouvoir de nous mener à l’abime pour favoriser l’industrie
17 juin, 2010
14:24

Je viens d’écouter un documentaire sur l’exploitation des sables bitumineux en Alberta et ça fait franchement froid dans le dos… c’est une exploitation effrénée, sans regards sur les conséquences sur les écosystèmes et les populations environnantes et tout ça pour quoi? du pétrole, encore plus de pétrole, de l’argent, encore plus d’argent… c’est complètement débile! Il faut dire non au pétrole, une bonne fois pour toute et se tourner vers le solaire et l’éolien et rapidement. Ce sont les seules ressources qui sont et seront toujours abondantes et qui peuvent être exploité sans nuire à l’environnement. Parce que tant qu’on continuera à exploiter du pétrole, il va y avoir des gens pour en acheter et pour en demander plus…
17 juin, 2010
11:05

J’ai moi aussi une opinion très négative par rapport aux forages et ce, partout au monde. Tout a été prouvé que ces industries sont extrêmement néfastes pour l’environnement. Alors pourquoi nous laisserions ces compagnies venir détruire ce fleuve . Nous avons la migration des baleines dans le fleuve St-Laurent de plus en plus. Elles viennent ici parce ce qu’elles ont de quoi se nourrir et nous les respectons. S’il arrivait un énorme déversement comme celui de la Louisiane, ce serait un massacre. Il faut y penser et même agir immédiatement contre un projet de cet envergure. Présentement les gens de la Louisiane sont aux prise avec des difficultés qu’ils ne sont pas prêts de relever. Si cette compagnie n’a pas pû encore règler le problème , comment cela pourrait-il être différent ailleurs? Non. Est-ce qu’une pétition éventuellement circulera pour voter contre ce projet?
16 juin, 2010
13:38

Je suis d’avis qu’il faut un moratoire dans les eaux territoiriales canadiennes jusqu’à ce que des méthodes sécuritaires mise en place. Il faut aussi se libérer rapidement de notre dépandance aux énergies fossiles et développer l’utilisation de lélectricité et du biodiesel et bioalcool de 2ième génération (déchets, miscantus, salix…qui n’utilisent pas les terres de culture) Pour y arriver il faut taxer de façon de façon très progressivement et progressivement le prix des énergies fossiles. Exemple 20% par année durant au moins 10 ans. Il faut aussi taxer de façon importante les émeteurs de gaz à effet de serre, incluant l’industrie de la construction Utiliser ces revenus pour -stimuler le transport en commun électrifié -stimuler l’utilisation des véhicules hybrides et électriques -stimuler l’implantation des infratructures de recharge -stimuler le remplacement des énergies fossiles pour toutes les autres applications Le prix des énergies fossiles augmentera éventuellement de toute façon et les revenus iront aux industriels et spéculateurs et pourrait se faire de façon assez choatique. Taxer cette énergie nous permettra d’effectuer cette transition de façon plus ordonnée et à meilleur coût pour notre société.
16 juin, 2010
13:01

“Spill baby spill !” Disait une caricature incluant Sarah Palin qui avait déjà dit à Obama “Drill baby drill” en parlant des forages pétroliers. Je l’avait trouver très drôle et voyons si Obama va en survivre. En fait, il faut éviter d’en arriver là à tout prix et continuer de développer des technologies vertes et des sources d’énergies alternatives afin de se désintoxiquer du pétrole. L’Amérique du nord (surtout), est une “junky” et elle se shoot solide au pétrole tant qu’il y en aura. Malheureusement pour nous, c’est dans notre nature de s’autodétruire en détruisant ce qui nous entoure au profit de notre confort à crédit. Le pire dans tout ça c’est qu’on est sur le party tout le temps, le pied au plancher sur l’accélérateur, pis on aime ça! pout, pout!! Moi aussi je conduit une voiture!!!
16 juin, 2010
12:59

Je suis tout à fait d’accord avec la position de la Fondation quant aux forages et à l’exploitation d’hydrocarbures.dans le golfe, ou en périphérie de celui-ci. D’autre part, sans mettre de côté ces sérieux risques environnementaux de déversements, accidentels ou pas, je souhaite attirer ici l’attention sur les effets des plus néfastes qu’auraient le dragage du fleuve. Et malheureusement, les baisses du niveaux des eaux de ce printemps risquent fort d’attiser à nouveaux ces projets. En effet, notre beau Fleuve Saint-Laurent permet la navigation de bateaux de fort tonnage depuis l’Atlantique jusqu’aux Grands Lacs, et par le fait même, jusqu’aux ÉU. Les projets fédéraux de dragage du fleuve afin d’y permettre la navigation de navires à plus fort tonnage encore, soit les Panamax, sont questoinnables au plus haut point quant aux conséquences et “effets collatéraux” multiples sur l’environnement ainsi que sur les populations côtières. Notre fleuve, ainsi violé, risquerait de ne devenir qu’un canal où le batignage des énormes vaisseaux affecterait les activités humaines reliées au fleuve ainsi que les aires de nidification d’oiseaux et de frayage des populations halieutiques, entraînant leur disparition à plus ou moins court terme, pour ne citer que ces effets pervers. Ça règlerait un problème de transport nous dira-t-on??? Pour acheminer de plus en plus d’exportations aux États-Unis ??? En ce sens, pourquoli ne pas utiliser le transport multi-modal à partir de la côte nord-est de l’estuaire du fleuve??? Autant de questions encore sans réponses… La navigation de ces Panamax dans le fleuve Saint-Laurent accroîtrait de surcroît les risques de déversements d’hydrocarbures et d’autres matières hautement toxiques et dangereuses pour l’homme et l’environnement. Merci à tous de votre intérêt pour le Fleuve! Plus nous serons unis dans cette cause, plus nous aurons de chances que les générations subséquentes puissent jouir d’un fleuve en santé. Soyoons vigilants!
16 juin, 2010
12:18

Je suis très préoccupée par la situation du golfe du Saint-Laurent. Je trouve que l’environnement serait menacée, surtout en ce qui touche le monde marin du Saint-Laurent qui un ecosystème unique en Amérique du nord. Tout le monde parles des gas à effet de serre. Pourquoi avons-nous besoin de plus de pétrole? Je trouve cela hypocrite de la part de tous nos gouvernements qui se disent inquiets pour la planète quand ils planifient de faire quelque chose qui risquerait de détruire un environnement tout à fait magnifique. Je suis native du Québec. Notre fleuve est un joyau à conserver. Je suis contre tout forage. Il y a des choses plus importantes que l’argent et notre patrimoine environnemental et naturel est surtout très précieux. Claire
16 juin, 2010
07:51

Pourquoi doit-on toujours attendre les catastrophe pour réagir? “L’histoire des sciences nous montre que les humains n’ont jamais reculé devant un développement technique même s’ils ne savent pas quoi faire en cas de problèmes. Ils font la chose et cherchent les solutions après” citation de mémoire d’un certain David Susuki, je crois. Apprendrons-nous un jour à agir autrement? L’éolien, le solaire, ne sont peut-être pas parfaits mais c’est facile de défaire des panneaux et des tours, en tout cas plus facile que de contrer une marée de pétrole. Je tremble à la pensée de voir le Saint-Laurent gâché par notre appétit d’énergie. Et ça arrivera si on multiplie les forages tout en ne sachant même pas quoi faire en cas d’accident, dixit les compagnies de pétrole au sujet de la situation actuelle. Il faut se battre pour arrêter ces folies.
16 juin, 2010
06:53

Votre dernière phrase résume tout…L’estuaire du St-laurent ne doit pas devenir un laboratoire d’expériences risquées!! D’ailleurs à quoi servent tant tout ses hydrocarbures??…Des dérivés polluants et dangereux pour notre santé et l’environnement?….C’est à se demander si il n’y aurait pas d’autres substitutions possibles un jour?…, repenser, analyser, voir si cette ressource ne pourrait pas être diminuée de plus en plus pour ses usages et même remplacée? par des solutions plus saines, moins dangereuses au bout du compte? Bon, c’est bon, de rêver éveillé…Mais quand on voit l’horreur du désastre au Golfe du Mexique, quand on voit l’Irresponsabilité de certaine pétrolière, ne pas penser à un plan B………et de détruire autant, si facilement!!! et pour longtemps!….C’est Triste, nous les Humains, d’être cette espèce, la seule, à POLLUER autant et en toute conscience!…….Alors oui, Il faut faire quelque chose maintenant et bien d’accord avec vous sur l’idée d’un Moratoire pour analyser, repenser…évaluer les risques…diminuer la ressource?$?…ahhh je rêve encore, mais si on pouvait juste ne plus JAMAIS revoir de telle marée noire…un premier pas serait fait. S.V.P Conscience, Prévention, Protection et Responsabilité.On le souhaite tous.
16 juin, 2010
06:35

Je suis tout à fait d’accord avec vos propos, par contre je me demande jusqu’à quel point les gens sont sensibilisé, tout cela est une question de conscience et d’attitude envers tout ce qui existe, et le respect de la nature. Par chance des organismes tel que le vôtre, ainsi que vos connaissances, permettent l’éducation dans la population, et un intérêt grandissant sur ces questions..
16 juin, 2010
06:24

Je souhaite l’interdiction pure et simple de ces activités, d’autant plus qu’il m’apparaît évident qu’il est grand temps de se tourner vers d’autres formes d’énergie plus propres. Comment ce fait-il que nos yeux soient encore tournés vers les hydrocarbures, après tout ce qui a été dit à propos des changements climatiques ? L’argent mène encore le monde, pourtant c’est de la santé de notre souverain fleuve et de celle de toute la planète dont il s’agit.
16 juin, 2010
06:10

Je crois qu’avec suffisaient d’informations les gens vont se soulever contre les projets de forage. Le projet Rabaska concernant un port méthanier a vu ses plans bloqués à plusieurs reprises. La bonne nouvelle est que la population est de plus en plus motivée à protéger l’environnement, la mauvaise est que le gouvernement est de plus en plus motivé à forer forer forer….Il faut absolument faire pression sur celui-ci.
15 juin, 2010
14:28

Nous faudrons réagir et changer. La question c’est: maintenant, ou plus tard quand il serait plus difficile?
15 juin, 2010
13:06

Je suis d’accord avec votre position, nous devons être plus proactif pour protéger notre beau fleuve.

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