Pour une commisson parlementaire sur l'indépendance énergétique | Médias

Les signaux du marché sont sans équivoque; l'ère du pétrole à bon marché est derrière nous. Malgré une réduction de la demande mondiale depuis l'automne 2008, les tensions sur le marché du pétrole persistent et maintiennent le prix du baril de pétrole à plus de trois fois son niveau moyen depuis les années 1980.

Par ailleurs, la reprise économique couplée à la diminution structurelle anticipée de la production mondiale pointent vers une nouvelle flambée des prix dans les années à venir. Pour plusieurs économistes, cette situation risque fort de nuire à la reprise économique elle-même! Les énergies fossiles représentent plus de la moitié de la consommation d'énergie au Québec. Pour assouvir l'essentiel de ce besoin, le Québec importe massivement du pétrole à fort prix, ce qui handicape lourdement sa balance commerciale.

En 2008, ce sont 15 milliards de dollars qui sont sortis du Québec pour l'achat de produits pétroliers. En plus d'être une perte sèche pour notre économie, cette somme n'aura pu fructifier et servir à augmenter ou à améliorer la qualité de vie des citoyens ou la compétitivité des entreprises du Québec. L'équation est donc fort simple: la dépendance au pétrole et aux autres énergies fossiles appauvrit le Québec.

Dans un contexte où le prix des hydrocarbures est condamné à augmenter, les nations qui sauront s'affranchir de ces formes d'énergie et qui maîtriseront les sources d'énergies vertes posséderont des leviers essentiels pour leur développement au cours du XXIe siècle. En d'autres termes, l'indépendance énergétique est une clé essentielle pour assurer l'avenir du Québec.

Le grand potentiel du Québec

On ne le dit pas assez: le Québec jouit d'un avantage remarquable pour relever ce défi. En effet, l'abondance et la diversité des sources d'énergies renouvelables disponibles sur son territoire le place dans le peloton de tête des économies à potentiel vert, non seulement en Amérique du Nord, mais sur l'ensemble de la planète! Déjà, la part des combustibles fossiles dans notre bilan de consommation énergétique est beaucoup moins élevée que chez nos voisins continentaux ou ailleurs dans les pays de l'OCDE en raison du virage hydroélectrique entrepris entre 1960 et 1990.

Toutefois, bien qu'au lieu du charbon nous puissions compter sur nos barrages pour produire de l'électricité, nous consommons par habitant presque autant de pétrole que les Américains et notre consommation d'électricité par habitant nous place au second rang mondial. Nous partons donc avec une certaine longueur d'avance par rapport à plusieurs pays, mais en matière de pétrole et d'efficacité énergétique, nous sommes en mauvaise posture pendant que d'autres s'affairent à développer les créneaux économiques de remplacement.

Pour diminuer notre dépendance aux combustibles fossiles et développer de nouvelles expertises, il est nécessaire de prendre des mesures fortes visant à réduire la consommation totale d'hydrocarbures, à développer et à mettre en place des alternatives à leur utilisation ainsi qu'à promouvoir l'efficacité énergétique et le développement des énergies vertes. Ces mesures doivent viser prioritairement les secteurs névralgiques du transport des personnes et des biens, de l'aménagement du territoire et de l'agriculture, qui sont essentiels pour faire du Québec un modèle mondial de développement durable et une puissance des énergies vertes.

Agir dès maintenant

Mais pour parvenir à effectuer ce virage vers une économie libérée de sa dépendance aux énergies fossiles, il est essentiel de mobiliser l'ensemble de la population. Le Québec est vaste et de multiples réalités coexistent sur le territoire. La dépendance au pétrole du travailleur autonome du centre-ville de Montréal n'est pas la même que celle de l'ouvrier des pâtes et papiers de Jonquière. Les solutions pourraient donc varier selon les régions et favoriser l'émergence d'innovations diverses dans la mesure où elles sont appliquées à une échelle adéquate. Elles devraient également tirer profit tant du savoir du spécialiste en énergie que de celui du gérant d'une coopérative forestière, d'où notre proposition d'une commission parlementaire itinérante.

L'échéance pétrolière indique qu'il faut agir vite et nous pensons que le Québec devrait atteindre son indépendance énergétique face aux énergies fossiles telles que le pétrole et le gaz naturel d'ici 2030. Il est donc urgent que la population se mobilise! C'est pourquoi nous demandons à l'Assemblée nationale de bien vouloir tenir sans délai une commission parlementaire itinérante sur l'indépendance énergétique du Québec qui permettrait à la fois de sensibiliser la population à la nécessité d'agir et aux élus de mesurer l'ampleur du défi à relever. Attendre que les prix du pétrole explosent à nouveau n'est pas une option.

Texte paru dans Le Soleil, le 10 juin 2010.

Rédigé par

André Bélisle, président, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

Daniel R. Breton, Maîtres chez nous 21e siècle (MCN21)

Sylvain Gaudreault, député de Jonquière et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie

François P. Granger, ing., président, Réseau des ingénieurs du Québec (RéseauIQ)

Virginie Lambert Ferry, responsable de la campagne Climat-Énergie, Greenpeace

Karel Mayrand, directeur général pour le Québec, Fondation David Suzuki

Normand Mousseau, professeur au Département de physique de l'Université de Montréal et auteur du livre L'avenir du Québec passe par l'indépendance énergétique

Réjean Parent, président, Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

Sidney Ribaux, coordonnateur général, Équiterre

Gaétan Ruest, maire d'Amqui

Alexandre Turgeon, président, Vivre en ville

Christian Simard, directeur général, Nature Québec

10 juin 2010