Le virage du Québec vers le gaz menace son statut de puissance verte | Médias

Par Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec.

Le Québec annonçait l'automne dernier une cible ambitieuse de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20% sous les niveaux de 1990 d'ici 2020. Fort de cette cible, le premier ministre Jean Charest se présentait au Sommet de Copenhague comme le champion nord-américain de la lutte aux changements climatiques. Cet engagement a suscité un concert international d'éloges sur le leadership du Québec et de son premier ministre.

Un an plus tard, M. Charest avait peu à montrer comme résultats au New York Climate Week auquel il participait. Bien qu'il ait habilement esquivé la question à New York, son leadership est remis en question par le virage de son gouvernement en faveur de l'exploitation des hydrocarbures.

Les émissions de GES du Québec ont augmenté de 5,6% entre 1990 et 2007. C'est donc dire que le Québec doit réduire ses émissions de plus de 25% en 13 ans alors qu'il n'a pas réussi à les stabiliser en 17 ans. De l'avis de tous les intervenants, l'atteinte de cet objectif ne peut se faire que si des virages majeurs sont opérés rapidement, notamment en transport et en aménagement du territoire. Un signal clair du gouvernement se fait toujours attendre à cet égard. Quant au secteur industriel québécois, il a déjà fait sa part en réduisant ses émissions de plus de 7%, soit plus que l'objectif de Kyoto.

C'est dans ce contexte que la volonté du Québec de se doter d'une industrie gazière suscite des questionnements. Selon Équiterre, cette nouvelle industrie pourrait générer 1,9 Mt de GES, ou 18% de l'effort requis pour atteindre la cible du Québec pour 2020. La ministre Nathalie Normandeau soutient quant à elle que les émissions québécoises diminueront du fait du remplacement du mazout et de l'huile de chauffage par le gaz. Aucune étude ne vient à ce jour appuyer cette affirmation. Il est tout aussi probable que la consommation québécoise de gaz augmente en raison de la proximité et de l'abondance de la ressource qui en feront baisser le prix. Dans ce cas, le bilan serait une augmentation significative des émissions, ce qui impliquerait des efforts supplémentaires d'autres secteurs de l'économie pour faire place aux émissions de cette nouvelle industrie. Pour l'instant, Québec n'a pas de plan pour conjuguer ses aspirations de puissance gazière et de leader climatique.

Le Québec se targue d'être une puissance de l'énergie verte, forte de sa puissance hydraulique peu émettrice de GES. Il faut relativiser cette prétention. La consommation d'électricité en Ontario a plafonné en 2006 alors qu'elle augmente encore au Québec, qui a aboli au printemps son Agence de l'efficacité énergétique. Pendant que la province voisine investit massivement dans les énergies propres, planifiant des parcs éoliens dans le lac Ontario, le Québec développe la filière gazière et souhaite semer des plateformes de forage dans le Saint-Laurent. Le New Jersey et l'Ontario se battent aujourd'hui pour occuper la deuxième place des puissances vertes derrière la Californie. Le Québec fait concurrence à la Pennsylvanie en développant ses ressources gazières.

Avec sa cible ambitieuse de réduction des GES, le Québec demeure un chef de file dans la lutte aux changements climatiques. Mais sa crédibilité sera mise à mal s'il n'opère pas dès maintenant des virages déterminants en transport, aménagement et en énergie.

Le leadership ne s'évalue pas sur des intentions, mais sur des résultats. En se lançant dans les combustibles fossiles moins d'un an après avoir pris l'engagement de réduire ses émissions de manière significative, le Québec signale à gauche, mais prend un virage à droite. Québec doit corriger sa trajectoire rapidement pour que son engagement ne soit pas perçu comme un simple exercice de relations publiques.

22 septembre 2010