Gentilly 2: le délire économique doit cesser | Médias

Montréal - La construction de Gentilly-2 a commencé en 1976. Son démantèlement se terminera en 2062. 86 ans de dépenses publiques pour 25 ans d'énergie. En annonçant dès son entrée en fonction le déclassement de la Centrale nucléaire Gentilly-2, le gouvernement Marois a pris la seule décision responsable, une décision que le gouvernement du Parti libéral avait tardé à prendre par pur clientélisme électoral. Le nouveau gouvernement a fait preuve de courage politique et il doit en être félicité. Mais le concert de désinformation alimenté par certains élus de la région de Trois-Rivières, par les chambres de commerce, par le Parti libéral du Québec et SNC Lavalin nous force à réagir.

Évalué à 1,9 milliards de dollars en 2008, le coût de la réfection est passé à 3, puis à 4,3 milliards, et il y a fort à parier qu'il dépasserait les cinq milliards s'il se réalisait, et ce sans compter les coûts futurs du démantèlement et de l'entreposage de 2500 tonnes additionnelles de déchets hautement radioactifs, au coût approximatif d'un million de dollars la tonne. Une fois l'ensemble de ces coûts inclus, le Québec se retrouvera avec une facture dont personne aujourd'hui ne peut prédire l'ampleur.

Pour soutenir l'économie de la Mauricie-Centre-du-Québec, devrions-nous accepter de lancer le Québec dans cette aventure financière qui a déjà l'allure d'un éléphant blanc? Thierry Vandal a résumé la situation : les coûts du nucléaire explosent, le prix de l'électricité diminue. L'écart entre le prix de production et celui du marché rendra l'opération déficitaire. Selon Hydro-Québec, la centrale ferait perdre 215 millions par année à la société d'État sur toute sa durée de vie. Compte tenu des surplus d'électricité du Québec, cette énergie serait exportée à perte aux États-Unis. Les contribuables québécois devraient-ils financer les consommateurs d'électricité américains?

Les tenants de la réfection se gardent bien également de dire que bon nombre d'employés de Gentilly-2 ont la sécurité d'emploi et seront redéployés ailleurs chez Hydro-Québec. Devrait-on investir plus de cinq millions de dollars par emploi pour maintenir coûte que coûte ces emplois en Mauricie? Ils omettent aussi de dire que 75 pour cent des activités d'Énergie atomique Canada sont réalisées en Ontario et que les retombées économiques de la réfection nous échapperaient en grande partie. Devrait-on financer des emplois en Ontario avec des fonds publics Québécois?

Finalement, SNC-Lavalin propose maintenant de procéder à rabais à la réfection de la centrale de Gentilly-2 et de l'opérer en signant un bail avec Hydro-Québec. Permettons-nous de douter de la capacité de cette entreprise de réaliser cette promesse alors qu'on n'a pu maîtriser les coûts et les délais de réfection de la centrale de Pointe Lepreau au Nouveau Brunswick et que les dépassements de coûts sont systématiques dans le nucléaire. Est-il prudent d'accorder à cette entreprise un contrat public d'une telle ampleur alors même qu'elle est présentement sous enquête pour de présumées malversations dans l'obtention du contrat de 1,3 milliards $ du CUSM?

La proposition économique des tenants de la réfection se résume à engloutir des fonds publics dans un éléphant blanc pour maintenir une activité économique qui serait générée à moindre coût par des investissements dans la reconversion de l'économie régionale. On ne peut que s'étonner que des acteurs qui accusent le nouveau gouvernement d'incompétence économique et qui prônent le contrôle des dépenses publiques soient si favorables au gaspillage de fonds publics lorsqu'ils en sont les bénéficiaires. Ce délire économique doit cesser. La décision de déclasser Gentilly-2 sert l'intérêt financier de l'ensemble des Québécois.

Lettre signée par :

Jean-Martin Aussant
Gilles Bélanger
Dominic Champagne
Jim Corcoran
Louis Jean Cormier
Steven Guilbeault
Pierre Jasmin
Hugo Latulippe
David Marin
Guylaine Maroist
Karel Mayrand
Éric Notebaert
Yann Perreau
Michel Rivard
Éric Ruel
Richard Séguin
Christian Simard
Vincent Vallières
Laure Waridel

Texte publié dans le journal Le Soleil, 16 octobre 2012.

16 octobre 2012

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