Photo: Conférence de Paris sur le climat : un tournant décisif?

(Crédit : Arturo Velasquez)

Par Karel Mayrand

Le monde se réunira à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015 pour négocier un nouvel accord sur le climat. Il s'agit de la plus importante rencontre sur le climat depuis l'échec de la Conférence de Copenhague en 2009, qui avait durement éprouvé le mouvement multilatéral de lutte aux changements climatiques. La Fondation David Suzuki souhaite que les 196 pays membres de la Convention sur les changements climatiques concluent un accord juste, contraignant et qui permette de limiter le réchauffement de la planète sous le seuil des deux degrés Celsius tel que le prescrit le Groupe intergouvernemental sur l'étude du climat (GIEC).

Le mouvement s'est accéléré dans le monde au cours de la dernière année, ce qui permet de penser que Paris pourrait marquer un tournant décisif dans la lutte aux changements climatiques. La Chine elle-même s'est engagée à plafonner ses émissions avant 2030 et a annoncé son intention de créer un marché du carbone dès 2017. Les États-Unis pour leur part, par l'intermédiaire de leur Clean Power Plan, comptent diminuer d'ici 2030 leurs émissions de carbone issues du secteur énergétique de 32 sous les niveaux de 2005. L'Europe s'est quant à elle engagée à réduire d'ici 2030 ses émissions de GES d'au moins 40 par rapport aux niveaux de 1990. Enfin, 21 états et provinces, dont le Québec et l'Ontario, ont signé le Under 2 MOU qui vise à limiter d'ici 2050 les émissions de GES de chaque juridiction signataire de 80 à 95 % par rapport aux niveaux de 1990. Ces engagements sont très encourageants même s'ils demeureront insuffisants pour maintenir le réchauffement en deçà de deux degrés.

À moins d'un changement de dernière minute, le Canada se présentera à Paris avec la cible de réduction des émissions de GES la plus faible de tous les pays développés, soit de 30 sous les niveaux de 2005 en 2030. Si l'on exclut la croissance naturelle des forêts qui réduisent les émissions nettes du pays, cette cible ne représente qu'une réduction de 2 des émissions de GES par rapport aux niveaux de 1990. Heureusement, le Québec et l'Ontario, partenaires du marché du carbone avec la Californie, ont annoncé des cibles de réduction de 37,5 et 37 respectivement sous les niveaux de 1990. Face à l'inaction chronique du gouvernement fédéral depuis une décennie, les provinces ont décidé de mener elles-mêmes la charge pour opérer la nécessaire transition énergétique qui permettra d'éviter un dérèglement grave et irréversible du climat.