Photo: Réflexions et souhaits à l'occasion de mon anniversaire

(Crédit : Nadege Vince)

Par David Suzuki

Depuis plus de 25 ans, j'étudie et je tente de faire mieux connaître et comprendre la gravité de la crise climatique. C'est cette préoccupation, essentiellement, qui nous a poussés mon épouse Tara et moi à nous regrouper avec d'autres citoyens engagés pour mettre sur pied un organisme de défense de l'environnement. Et cet organisme, qui porte mon nom (malgré mon opposition initiale), célèbre aujourd'hui ses 25 ans!

Je ne peux m'empêcher de penser comme la situation serait meilleure si les politiciens et la population avaient écouté - et entendu - les avertissements lancés par les experts du climat et les communicateurs qui ont diffusé les résultats de leurs recherches il y a toutes ces années. J'imagine facilement que si nous avions dès lors adopté des mesures progressives, nous aurions assez facilement réussi à nous détourner plus radicalement des dangereux combustibles fossiles et à opérer une transition harmonieuse vers l'économie d'énergie et les énergies propres. Au lieu de quoi nous voilà maintenant aux prises avec les conséquences du réchauffement planétaire, qui ne cesse de s'accentuer, et nous devrons adopter des mesures drastiques qui ne manqueront pas d'être source de nombreux bouleversements.

Nous avons encore un peu de temps devant nous. Et les voix sont de plus en plus nombreuses à affirmer - sur la foi de la recherche scientifique, toujours - que la lutte aux changements climatiques et l'action face aux enjeux environnementaux bénéficieront non seulement à la santé et au bien-être de l'humanité, mais également à l'économie. Bien sûr l'inaction pourrait en revanche s'avérer désastreuse pour l'économie canadienne et mondiale.

La dernière campagne électorale nous a présenté son lot - habituel - de promesses en matière de lutte aux changements climatiques. Souhaitons que nos nouveaux élus tiennent parole et cherchent à faire davantage. Autrement dit, souhaitons que le Canada contribue de manière constructive au Sommet des Nations Unies sur le climat qui se tiendra en décembre à Paris.

J'aurai 80 ans en mars, et la Fondation David Suzuki vient de célébrer son 25e anniversaire. Je suis fier du travail réalisé par les gens de la Fondation - réformes au sein de l'industrie de la pêche, protection d'espèces en péril et de leur habitat, promotion de restrictions à l'usage de pesticides qui nuisent à la santé de nos enfants, recherche de solutions aux enjeux climatiques et énergétiques, et tant d'autres extraordinaires réalisations. Rien de tout cela n'aurait été possible, bien sûr, sans l'appui des centaines de bénévoles et des dizaines de milliers de donateurs de la Fondation. Aujourd'hui, je me réjouis de voir que des villes représentant plus de 7 millions de citoyens à travers le Canada ont signé une déclaration municipale reconnaissant le droit de leur communauté de vivre dans un environnement sain, et ont adhéré avec enthousiasme à la campagne Bleu Terre que nous avons mise sur pied l'an dernier dans l'espoir de créer un mouvement puissant et croissant d'un bout à l'autre du pays.

Mais ce n'est pas fini, et le travail à faire est considérable. Ce travail, ce n'est pas pour moi qu'il doit être fait, car je ne serai pas là éternellement. Mais je me préoccupe de ce que l'avenir réserve à mes enfants et mes petits-enfants, à l'humanité dans son ensemble, à la planète et à ses écosystèmes dont dépendent notre vie et notre survie.

J'ai donc quelques souhaits à formuler à l'occasion de mon 80e anniversaire. D'abord, je souhaite que les grands dirigeants de ce monde s'entendent enfin lors de la conférence de Paris et signent un accord juste et contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Je souhaite également que vous tous, citoyens engagés, continuiez de soutenir le travail de la Fondation. Nous avons réalisé de grandes réussites et fait de grands pas, mais il reste encore beaucoup à faire. Merci à tous.